{"id":1973,"date":"2008-12-31T18:15:15","date_gmt":"2008-12-31T18:15:15","guid":{"rendered":"http:\/\/carnottunis.com\/wordpress\/?p=1973"},"modified":"2008-12-31T18:15:15","modified_gmt":"2008-12-31T18:15:15","slug":"dans-jeune-afrique-du-28408-tres-cotes-tres-couteux-les-lycees-fr-de-tunis","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/carnottunis.com\/?p=1973","title":{"rendered":"DANS \u00ab\u00a0JEUNE AFRIQUE\u00a0\u00bb DU 28\/4\/08: TRES COTES, TRES COUTEUX LES LYCEES FR DE TUNIS"},"content":{"rendered":"<p>Tous ont encore en m\u00e9moire des fous rires et moments d&rsquo;insouciance pass\u00e9s dans les cours ensoleill\u00e9es des lyc\u00e9es fran\u00e7ais de Tunisie. \u00ab Ce sont mes plus belles ann\u00e9es. Le lyc\u00e9e Carnot de Tunis \u00e9tait un lieu d&rsquo;enseignement privil\u00e9gi\u00e9. Juifs, chr\u00e9tiens ou musulmans, nous \u00e9tions tous comme des fr\u00e8res \u00bb, se souvient Hamed Ben CHEDLY, aujourd&rsquo;hui m\u00e9decin \u00e0 La Marsa, dans la douce banlieue nord de Tunis. \u00ab C&rsquo;\u00e9tait le temps des boums du samedi soir, des soir\u00e9es guitare, de la pr\u00e9paration des examens, de la solidarit\u00e9 et de la fraternit\u00e9 entre diff\u00e9rentes communaut\u00e9s \u00bb, ajoute une ancienne \u00e9l\u00e8ve du m\u00eame \u00e9tablissement.<br \/>\nPhilippe S\u00e9guin, l&rsquo;actuel pr\u00e9sident de la Cour des comptes fran\u00e7aise et ancien \u00e9l\u00e8ve du lyc\u00e9e Carnot, explique cette ambiance particuli\u00e8re : \u00ab Il y avait des Fran\u00e7ais, des Siciliens, des Juifs, des Arabes, des Maltais, etc. Aujourd&rsquo;hui, cette relation entre gens issus de ces lyc\u00e9es va au-del\u00e0 de tous les clivages politiques, religieux et nationaux. Nous partageons des souvenirs et des r\u00e9f\u00e9rences qui sont, en fin de compte, des valeurs communes. \u00bb<br \/>\nCertains de ces adolescents qui ont grandi ensemble sont devenus aujourd&rsquo;hui d&rsquo;\u00e9minentes personnalit\u00e9s. Habib Bourguiba, ancien pr\u00e9sident de la R\u00e9publique tunisienne, Ferid Boughedir, cin\u00e9aste tunisien, Georges Wolinski, dessinateur, ou encore Michel Boujenah, com\u00e9dien et humoriste, ont tous us\u00e9 leurs fonds de culotte sur les bancs du lyc\u00e9e Carnot. Pendant un si\u00e8cle (1882-1983), cet \u00e9tablissement a accueilli des milliers d&rsquo;\u00e9l\u00e8ves issus du pourtour m\u00e9diterran\u00e9en avant d&rsquo;\u00eatre int\u00e9gr\u00e9 au syst\u00e8me \u00e9ducatif tunisien, et de devenir le lyc\u00e9e pilote Bourguiba.<\/p>\n<p>LA MISSION FRANCAISE PLEBISICITEE<br \/>\nActuellement, il existe en Tunisie deux lyc\u00e9es fran\u00e7ais : le lyc\u00e9e Pierre-Mend\u00e8s-France dans le quartier tunisois de Mutuelleville, et le lyc\u00e9e Gustave-Flaubert, \u00e0 La Marsa, plus connu sous le nom de \u00ab lyc\u00e9e Cailloux \u00bb. Tous deux d\u00e9pendent de l&rsquo;Agence pour l&rsquo;enseignement du fran\u00e7ais \u00e0 l&rsquo;\u00e9tranger (AEFE) et sont int\u00e9gr\u00e9s au r\u00e9seau des 430 lyc\u00e9es fran\u00e7ais diss\u00e9min\u00e9s \u00e0 travers le monde. Tous ces \u00e9tablissements ont en commun les m\u00eames m\u00e9thodes et des programmes similaires, \u00e9labor\u00e9s par le minist\u00e8re de l&rsquo;\u00c9ducation nationale fran\u00e7ais.<br \/>\n\u00c0 l&rsquo;origine, ces lyc\u00e9es ont \u00e9t\u00e9 mis en place pour scolariser les enfants des expatri\u00e9s, mais aussi, et surtout, pour former dans les pays colonis\u00e9s ou sous protectorat, une intelligentsia locale favorable \u00e0 la France. \u00ab Les lyc\u00e9es fran\u00e7ais \u00e0 l&rsquo;\u00e9tranger constituent un atout majeur pour la francophonie et pour l&rsquo;influence de nos id\u00e9es, de nos valeurs et de notre culture dans le monde, affirme-t-on au minist\u00e8re des Affaires \u00e9trang\u00e8res fran\u00e7ais. Les \u00e9tudiants \u00e9trangers issus de ces \u00e9tablissements seront susceptibles de devenir des interlocuteurs pr\u00e9cieux dans le cadre des responsabilit\u00e9s qu&rsquo;ils assureront plus tard. C&rsquo;est particuli\u00e8rement vrai pour la Tunisie, pays avec lequel nous avons toujours des relations tr\u00e8s \u00e9troites. \u00bb En clair, ces lyc\u00e9es sont de v\u00e9ritables p\u00e9pini\u00e8res pour futures \u00e9lites francophones.<br \/>\nAujourd&rsquo;hui, leurs \u00e9l\u00e8ves sont pour une grande majorit\u00e9 des nationaux francophones, auxquels s&rsquo;ajoutent un certain nombre de binationaux et quelques \u00e9trangers. La mission premi\u00e8re de ces lyc\u00e9es est d&rsquo;assurer la continuit\u00e9 du service public fran\u00e7ais \u00e0 l&rsquo;\u00e9tranger afin que tout \u00e9l\u00e8ve fran\u00e7ais puisse poursuivre une scolarit\u00e9 classique en Tunisie. Mais, compte tenu de la proportion des nationaux (plus de 60 %) dans les effectifs, ces \u00e9tablissements jouent de plus en plus un r\u00f4le d&rsquo;interface entre la France et le pays d&rsquo;accueil (apprentissage obligatoire de la langue, dipl\u00f4mes binationaux, activit\u00e9s culturelles, etc.). Leur objectif est donc de prodiguer un enseignement de qualit\u00e9 et en parfaite ad\u00e9quation avec les programmes p\u00e9dagogiques en vigueur en France.<br \/>\nUn syst\u00e8me qui attire de plus en plus les Tunisiens. Pour l&rsquo;ann\u00e9e scolaire en cours, plus de 3 000 \u00e9l\u00e8ves sont inscrits dans un \u00e9tablissement fran\u00e7ais de la sixi\u00e8me \u00e0 la terminale, dont 1 630 au lyc\u00e9e Pierre-Mend\u00e8s-France et 1 500 \u00e9l\u00e8ves au lyc\u00e9e Gustave-Flaubert. \u00ab J&rsquo;ai fait le choix d&rsquo;inscrire mes trois filles au lyc\u00e9e Gustave-Flaubert et j&rsquo;en suis ravie, explique Latifa, 56 ans, comptable. Elles ont une bonne culture g\u00e9n\u00e9rale et font preuve d&rsquo;imagination et d&rsquo;esprit d&rsquo;initiative. Le melting-pot de ces lyc\u00e9es fran\u00e7ais est une vraie chance pour elles. C&rsquo;est un passeport pour la modernit\u00e9. \u00bb<br \/>\nLes parents, souvent issus eux-m\u00eames d&rsquo;un \u00e9tablissement fran\u00e7ais, voient dans cette scolarit\u00e9 un acc\u00e8s plus facile \u00e0 des \u00e9tudes sup\u00e9rieures \u00e0 l&rsquo;\u00e9tranger, et plus particuli\u00e8rement en France. \u00ab J&rsquo;ai fait mes classes au lyc\u00e9e Carnot de Tunis et j&rsquo;ai pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 inscrire mon gar\u00e7on \u00e0 la Mission fran\u00e7aise afin qu&rsquo;il puisse plus tard poursuivre ses \u00e9tudes universitaires en France. Soyons honn\u00eates : avec le durcissement des conditions d&rsquo;obtention d&rsquo;un visa pour l&rsquo;Hexagone, un \u00e9l\u00e8ve issu d&rsquo;un lyc\u00e9e fran\u00e7ais a plus de chances d&rsquo;int\u00e9grer une facult\u00e9 fran\u00e7aise qu&rsquo;un \u00e9l\u00e8ve du syst\u00e8me local tunisien \u00bb, confie Rafik, industriel dans la r\u00e9gion de Sfax. Ainsi, en 2007, 65 % des \u00e9l\u00e8ves ayant obtenu leur baccalaur\u00e9at au lyc\u00e9e Gustave-Flaubert ont choisi de poursuivre leurs \u00e9tudes universitaires dans un \u00e9tablissement fran\u00e7ais et seuls 18 % ont opt\u00e9 pour un \u00e9tablissement local. Autre avantage non n\u00e9gligeable des lyc\u00e9es fran\u00e7ais, le renforcement r\u00e9cent de l&rsquo;enseignement de l&rsquo;arabe. \u00ab Le bon niveau de la langue arabe m&rsquo;a encourag\u00e9e \u00e0 y scolariser mon fils. Aujourd&rsquo;hui, il est aussi \u00e0 l&rsquo;aise en fran\u00e7ais qu&rsquo;en arabe. C&rsquo;est un atout de taille \u00bb, explique Karima, femme au foyer.<\/p>\n<p>GRATUITE POUR LES FRANCAIS<br \/>\nMais tout le monde n&rsquo;a pas si facilement acc\u00e8s aux lyc\u00e9es fran\u00e7ais, loin s&rsquo;en faut. Avec des frais de scolarit\u00e9 annuels de 1 400 DT (777 euros) pour le premier cycle et de 1 800 DT (1 000 euros) pour le deuxi\u00e8me cycle, nombreux sont les parents qui n&rsquo;ont pas les moyens d&rsquo;inscrire leurs enfants \u00e0 la Mission fran\u00e7aise. Seule une \u00e9lite fortun\u00e9e peut offrir ce type de cursus \u00e0 ses enfants. D&rsquo;ailleurs, les \u00e9l\u00e8ves sont issus, pour l&rsquo;essentiel, de la bourgeoisie commer\u00e7ante et industrielle, ou de familles dont les parents exercent des responsabilit\u00e9s politiques ou une profession lib\u00e9rale. \u00ab Il est impossible pour nous de payer des frais de scolarit\u00e9 aussi \u00e9lev\u00e9s, confie le couple Trad, tous deux cadres moyens dans une banque de Tunis. Nos salaires r\u00e9unis ne suffisent pas pour inscrire nos deux enfants dans un lyc\u00e9e fran\u00e7ais. Alors nous avons opt\u00e9 pour un lyc\u00e9e local et, finalement, tout se passe tr\u00e8s bien. M\u00eame si, au fond, nous regrettons la Mission fran\u00e7aise. \u00bb Il est normal de payer des frais de scolarit\u00e9, \u00ab mais \u00e0 ce niveau-l\u00e0, seuls les privil\u00e9gi\u00e9s y ont acc\u00e8s \u00bb, peste un autre parent d&rsquo;\u00e9l\u00e8ve. Ces droits d&rsquo;inscription, souvent prohibitifs et inaccessibles pour une grande partie de la population, financent le budget de fonctionnement des \u00e9tablissements ainsi qu&rsquo;une partie des salaires des professeurs recrut\u00e9s sur place.<br \/>\nJusqu&rsquo;\u00e0 une date r\u00e9cente, les nationaux et les \u00e9l\u00e8ves fran\u00e7ais payaient les m\u00eames montants en frais de scolarit\u00e9. La situation ne devrait plus durer puisque la gratuit\u00e9 pour les expatri\u00e9s \u00e9tait l&rsquo;une des promesses de Nicolas Sarkozy lorsqu&rsquo;il \u00e9tait candidat \u00e0 l&rsquo;\u00e9lection pr\u00e9sidentielle. Le 28 f\u00e9vrier 2007, ce dernier d\u00e9clarait, devant un parterre d&rsquo;expatri\u00e9s r\u00e9unis au Palais des congr\u00e8s de la capitale espagnole, vouloir que \u00ab les Fran\u00e7ais de Madrid, de New York, de Tokyo, de Shanghai, de New Delhi ou de Tunis ne se sentent pas abandonn\u00e9s mais, qu&rsquo;au contraire, ils aient le sentiment que la France ne les oublie pas \u00bb. Un message qu&rsquo;il a d&rsquo;ailleurs r\u00e9p\u00e9t\u00e9 un mois plus tard. La baisse des co\u00fbts de scolarit\u00e9 \u00e9tait, en effet, une vieille revendication des Fran\u00e7ais de l&rsquo;\u00e9tranger. Cette r\u00e9forme s&rsquo;appliquera dans le monde entier. Premi\u00e8res \u00e0 en b\u00e9n\u00e9ficier : les classes de terminale, dont les frais de scolarit\u00e9 devraient \u00eatre rembours\u00e9s d\u00e8s cette ann\u00e9e aux parents d&rsquo;\u00e9l\u00e8ves fran\u00e7ais. Les classes de premi\u00e8re et de seconde profiteront de mesures \u00e9quivalentes lors des prochaines rentr\u00e9es. Mais, pendant ce temps, les nationaux continueront de payer le prix fort. Se former \u00e0 l&rsquo;\u00e9cole fran\u00e7aise restera donc encore longtemps un r\u00eave que seuls les enfants de l&rsquo;\u00e9lite pourront concr\u00e9tiser.<br \/>\nL&rsquo;aura des lyc\u00e9es fran\u00e7ais reste forte. M\u00eame si, compte tenu des frais de scolarit\u00e9 \u00e9lev\u00e9s, les deux \u00e9tablissements existants en Tunisie apparaissent de plus en plus s\u00e9lectifs.<br \/>\nC\u00e9l\u00e8bres ou anonymes, les anciens de ce qu&rsquo;on appelle commun\u00e9ment la \u00ab Mission fran\u00e7aise \u00bb en parlent souvent la larme \u00e0 l&rsquo;\u009cil.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Tous ont encore en m\u00e9moire des fous rires et moments d&rsquo;insouciance pass\u00e9s dans les cours ensoleill\u00e9es des lyc\u00e9es fran\u00e7ais de Tunisie. \u00ab Ce sont mes plus belles ann\u00e9es. Le lyc\u00e9e Carnot de Tunis \u00e9tait un lieu d&rsquo;enseignement privil\u00e9gi\u00e9. 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