{"id":3691,"date":"2015-01-08T19:28:16","date_gmt":"2015-01-08T19:28:16","guid":{"rendered":"http:\/\/carnottunis.com\/wordpress\/?p=3691"},"modified":"2015-01-08T19:28:16","modified_gmt":"2015-01-08T19:28:16","slug":"hommage-a-georges-wolinski","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/carnottunis.com\/?p=3691","title":{"rendered":"Hommage \u00e0 Georges Wolinski"},"content":{"rendered":"<p><a href=\"https:\/\/carnottunis.com\/wordpress\/wp-content\/uploads\/je-suis-charlie.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/carnottunis.com\/wordpress\/wp-content\/uploads\/je-suis-charlie.jpg\" alt=\"\" title=\"je suis charlie\" width=\"540\" height=\"960\" class=\"aligncenter size-full wp-image-3692\" \/><\/a><br \/>\nGeorges Wolinski a \u00e9t\u00e9 \u00e9l\u00e8ve au lyc\u00e9e Carnot, il nous a racont\u00e9 ses ann\u00e9es tunisoises. Voici son t\u00e9moignage :<\/p>\n<p> Je suis n\u00e9 \u00e0 Tunis. Mon p\u00e8re, Sygfrid Wolinski, sorte de Juif errant venu de Pologne, est tomb\u00e9 amoureux de la petite Juive italo-tunisienne, Lola Bembaron, ma m\u00e8re. Ils se sont mari\u00e9s en 1928 dans la Tunisie coloniale. Ce qui fait que je suis n\u00e9 fran\u00e7ais comme ma s\u0153ur. Je n&rsquo;ai pas eu le temps de conna\u00eetre mon p\u00e8re. Il a \u00e9t\u00e9 assassin\u00e9 en 1936 par l\u2019un de ses employ\u00e9s. Il avait l&rsquo;air d&rsquo;\u00eatre un type formidable.<\/p>\n<p>A la suite de ce drame, ma m\u00e8re est partie en France. Ainsi, j\u2019ai pass\u00e9 toute mon enfance aupr\u00e8s de mes grands-parents maternels. Mon grand-p\u00e8re \u00e9tait tr\u00e8s connu \u00e0 Tunis. Il dirigeait la p\u00e2tisserie Chez les n\u00e8gres, renomm\u00e9e pour ses chocolats et ses g\u00e2teaux, qui se trouvait juste en face du lyc\u00e9e Carnot. C\u2019est mon p\u00e8re qui avait d\u00e9cor\u00e9 le magasin avec des t\u00eates de n\u00e8gres en fer forg\u00e9. Je garde la nostalgie du vendredi soir o\u00f9 toute la famille venait manger le couscous. C&rsquo;\u00e9tait une f\u00eate \u00e0 chaque fois. Dans ces soir\u00e9es familiales tr\u00e8s gaies, tous mes oncles et tantes qui avaient remplac\u00e9 mon p\u00e8re et ma m\u00e8re, \u00e9taient adorables avec moi. Je me sentais bien dans ces liens familiaux tr\u00e8s serr\u00e9s.<\/p>\n<p>Et puis, il y avait tous les plaisirs de la vie tunisoise. Nous allions \u00e0 la plage avec le TGM* (le train aux wagons en bois qui reliait Tunis \u00e0 ses plages). L\u2019\u00e9t\u00e9, nous passions deux-trois mois au bord de la mer. La famille louait une maison vide \u00e0 La Marsa ou \u00e0 Khereddine. C&rsquo;\u00e9tait une \u00e9quip\u00e9e, dans la haraba, une grande charrette conduite par des chevaux, nous entassions tous les meubles : les armoires, les lits\u2026Un autre grand moment, c\u2019est quand \u00e0 neuf ans, ma grand-m\u00e8re m&rsquo;a amen\u00e9 au hammam avec ma s\u0153ur et ma cousine plus \u00e2g\u00e9es. J&rsquo;\u00e9tais chez les femmes. C&rsquo;\u00e9tait la premi\u00e8re fois que je voyais des femmes nues, avec tous leurs poils. Comme des gamins, on a jou\u00e9, on s&rsquo;est envoy\u00e9 de l&rsquo;eau. J&rsquo;ai gard\u00e9 le souvenir de cette ambiance, de cette lumi\u00e8re, de ces corps de femmes luisants, avec cette beaut\u00e9 des corps \u00e0 l&rsquo;ancienne &#8211; des hanches et des seins. Pas des maigrichonnes comme maintenant, qui ont aussi des seins et des fesses, mais qui n&rsquo;ont pas de hanches. C&rsquo;\u00e9taient de vraies nanas. J&rsquo;ai gard\u00e9 un souvenir \u00e9bloui de tout cela.<\/p>\n<p>Mes autres grands plaisirs \u00e9taient de lire et de dessiner. Ma s\u0153ur et moi, nous \u00e9tions fous de litt\u00e9rature. Nous avions la chance d&rsquo;avoir \u00e0 la maison une tr\u00e8s grande biblioth\u00e8que avec toute la litt\u00e9rature fran\u00e7aise et anglo-saxonne. A douze-treize ans, j&rsquo;avais lu tous les Victor Hugo, Jules Verne, Edgar Poe, Jack London. De plus, avec mes amis, nous \u00e9changions des livres. Nous avions fait un fond commun o\u00f9 les livres des autres \u00e9taient aussi les n\u00f4tres. Parfois, nous les reprenions pour les relire. Je lisais \u00e9norm\u00e9ment. A treize ans, j&rsquo;ai m\u00eame lu des livres interdits comme L&rsquo;amant de Lady Chatterley ; je n&rsquo;ai rien compris, enfin il y a des choses que j&rsquo;ai comprises, d&rsquo;autres que je n&rsquo;ai pas comprises. Quand je gardais les enfants chez mon oncle Henri et ma tante Dolly, j&rsquo;allais fouiner dans leur biblioth\u00e8que parce qu&rsquo;il y avait une \u00e9dition tr\u00e8s belle des Mille et une nuits avec des descriptions extraordinaires. J&rsquo;aimais bien parce que c&rsquo;\u00e9tait tr\u00e8s \u00e9rotique. Pour les f\u00eates, les oncles et les tantes nous donnaient de l&rsquo;argent que nous d\u00e9pensions en livres chez les bouquinistes. Je me souviens particuli\u00e8rement de celui qui \u00e9tait dans la Hara, le quartier juif.<\/p>\n<p>Depuis que je suis tout petit, j\u2019ai toujours aim\u00e9 dessiner. Je dois tenir cela de mon p\u00e8re qui dessinait lui aussi. Dans la p\u00e2tisserie de mon grand-p\u00e8re, je griffonnais sur le papier d\u2019emballage des cow-boys, des bateaux avec plein de canons. Au lyc\u00e9e, j&rsquo;ai toujours crayonn\u00e9 sur mes cahiers, les profs finissaient par s&rsquo;en apercevoir. Les bandes dessin\u00e9es am\u00e9ricaines ont \u00e9t\u00e9 d&rsquo;une tr\u00e8s grande importance dans ma vie. J&rsquo;ai assist\u00e9 &#8211; cela devait \u00eatre en 1943 &#8211; \u00e0 l\u2019arriv\u00e9e des Am\u00e9ricains \u00e0 Tunis. L\u2019\u00e9tat-major alli\u00e9 a pris possession du lyc\u00e9e Carnot qui avait \u00e9t\u00e9 investi auparavant par la Kommandantur allemande. Durant ces ann\u00e9es de guerre, j\u2019allais \u00e0 l\u2019\u00e9cole dans la m\u00e9dina. J\u2019\u00e9tais devant le lyc\u00e9e, face \u00e0 la boutique de mon grand-p\u00e8re. J\u2019ai vu passer les troupes am\u00e9ricaines dans les Dodges et dans les camions. C&rsquo;\u00e9tait un v\u00e9ritable western de voir tous ces beaux gars arrivant du d\u00e9sert avec leur casque et leur flingue. Devant la porte d\u2019entr\u00e9e, stationnaient les chauffeurs des officiers. Tous mes copains leur demandaient des chewing-gums ou des chocolats. Moi, c\u2019\u00e9taient des revues, je disais \u00ab have you comics \u00bb ? Je suis devenu copain avec certains d\u2019entre eux, je m&rsquo;asseyais \u00e0 leurs c\u00f4t\u00e9s et je lisais les Dick Tracy, Tarzan, Mickey Terry and the pirates en am\u00e9ricain. Plus tard, lorsque j&rsquo;ai travaill\u00e9 dans Charlie mensuel, j\u2019ai recherch\u00e9 ces bandes dessin\u00e9es que je regardais dans mon enfance. Je les ai republi\u00e9es en France et elles ont eu beaucoup de succ\u00e8s parce qu&rsquo;on les connaissait peu.<\/p>\n<p>Quand j\u2019ai quitt\u00e9 Tunis pour venir en France, cela a \u00e9t\u00e9 sans regret. La France, celle que j\u2019avais aim\u00e9e dans les livres, \u00e9tait pour moi un pays mythique comme l&rsquo;\u00e9tait l&rsquo;Am\u00e9rique d&rsquo;ailleurs. Je quittais mon village Tunis, o\u00f9 on \u00e9touffait un peu et je d\u00e9couvrais le paradis France, la neige, l&rsquo;eau qui ruisselle, les monte agnes. Bien s\u00fbr, j\u2019ai perdu ma M\u00e9diterran\u00e9e, ma grande amie la M\u00e9diterran\u00e9e. Aujourd\u2019hui, je suis heureux d\u00e8s que je la revois.<\/p>\n<p>Extrait de \u00ab Les Lyc\u00e9es fran\u00e7ais du soleil \u00bb<\/p>\n<p>(Creusets cosmopolites du Maroc, de l\u2019Alg\u00e9rie et de la Tunisie)<\/p>\n<p>Effy Tselikas-Lina Hayoun<\/p>\n<p>Collection M\u00e9moires. Editions Autrement 2004<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Georges Wolinski a \u00e9t\u00e9 \u00e9l\u00e8ve au lyc\u00e9e Carnot, il nous a racont\u00e9 ses ann\u00e9es tunisoises. Voici son t\u00e9moignage : Je suis n\u00e9 \u00e0 Tunis. 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