André Nahum, medecin, journaliste, écrivain

Il y a une dizaine d’années, au cours d’un déjeuner en présence d’une centaine de participants, André Nahum nous avait ébloui par ses talents de conteur. A partir de proverbes judéo-arabes, il nous avait fait revivre tout un monde enfui.

En hommage, l’article paru dans le Parisien du 24 novembre 2015, André Nahum est décédé la semaine suivante :

Le regard pétille et le discours n’a rien perdu de sa passion. André Nahum, qui a fêté ce 24 novembre ses 94 ans dans son appartement de Sarcelles, n’a rien du retraité lambda. Docteur lors de la construction du Grand Ensemble, adjoint au maire dans les années 1980, il est encore aujourd’hui chroniqueur radio et écrivain.

Il vient de sortir son dernier livre, « L’Âne, mon frère de lait ». Originaire du quartier juif de Tunis, l’homme s’est installé en 1961 à Sarcelles, ville qu’il n’a jamais quittée et où il a enfilé de multiples casquettes.

Le docteur   « Quand je suis arrivé, c’était la boue, le vent, les grues, les tours à moitié construites… » Dans les années 1960, André Nahum fait partie des tout premiers médecins de la nouvelle ville. « Beaucoup d’habitants ne parlaient pas encore français, se souvient-il. Les Turcs se présentaient en énonçant leur nationalité et l’entreprise pour laquelle ils travaillaient. Les Espagnols, quand ils ont vu que je baragouinais trois mots, m’ont appelé el médico que habla español (NDLR : le docteur qui parle espagnol). Sarcelles était extraordinaire ! » Il continuera à exercer sur l’avenue Paul-Valéry, jusqu’en 1987.

Le militant   S’il fait partie de ceux qui ont combattu la municipalité communiste (à la tête de la ville de 1965 à 1983), André Nahum refuse toute étiquette. « Un homme libre », clame-t-il. Sous la droite, il sera adjoint à la Culture de Raymond Lamontagne (RPR), avant de s’éloigner de la politique. Mais aujourd’hui encore, il continue de livrer ses analyses, notamment sur son compte Facebook et ses 750 suiveurs. Spécialiste du Moyen-Orient, ses prises de position sont toujours très tranchées (et très commentées), comme celle félicitant récemment l’intervention militaire de la Russie en Syrie.

Le chroniqueur  En 1995, l’un de ses amis médecins lui propose d’intégrer la radio juive Judaïques FM. Depuis, André Nahum se targue d’avoir participé à « 1 000 émissions en 20 ans ». Chaque semaine, il continue de préparer de chez lui unbillet d’humeur, diffusé le mercredi, à 8 h 45. Il participe également à une émission littéraire, le lundi soir. « Un hobby », qu’il pratique par téléphone ou directement dans les studios à Paris.

L’écrivain André Nahum a commencé à écrire en 1980. « Je voulais raconter tout ce qui concernait mon groupe humain, et ses histoires. » Son groupe ? Les juifs tunisiens, dont il a raconté les histoires dans des contes, des romans… Parmi ces récits, celui du boxeur Young Perez, champion du monde qui sera déporté à Auschwitz. Son dernier livre, « L’Âne, mon frère de lait », s’adresse « à toutes les générations », insiste-t-il. L’histoire d’un homme au crépuscule de sa vie, cherchant à retrouver son frère de lait, un âne, par le biais de l’émission de télé « Perdu de vue ». Une enquête lui permet de remettre les pieds sur sa terre natale… la Tunisie.

« L’Âne, mon frère de lait », éditions Ane bâté, 40 pages, 10,90 €.

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