Administration

Association du Lycée Carnot de Tunis ALCT
18, avenue des Champs Elysées 75008 Paris
tél 00 33 (0) 6 20 88 40 52 fax 0033 (0) 1 49 10 09 82
mail alct@free.fr site www.carnottunis.com

Le conseil d’administration définit et propose, en cohérence avec le projet de l’association, les missions à réaliser et la stratégie générale de l’association. Il nomme à sa première réunion le délégué général.

Conseil d’administration
Michel Hayoun, président
Philippe Tapia, vice-président
Alexandre Lévy, trésorier
Slim Torki, secrétaire général
Claudine Elhaik, secrétaire générale adjoint
Sylvain Bismuth, trésorier adjoint
Michèle Attal-Seror, chargé des événements culturels

Membres du Conseil :
René Assous
Foad Saberan
Bernard Taieb
Morris Sroussi
Suppléante : Hélène Hayat

Déléguée générale : Lina Hayoun
Déléguée générale adjointe : Nicolle Sarfati-Boccara

Depuis 1992, L’ALCT regroupe les anciens élèves et professeurs du lycée Carnot, habitant en France et dans le monde.
Forte de plus de 1000 adhérents, elle mène des activités régulières comme
– la publication d’une lettre d’information et d’une lettre mel,
– la création du site www.carnottunis.com visité par plus de 600 personnes quotidiennement.
– l’organisation de dîners-débats sur des thèmes historiques, de mémoire ou d’actualité (4 à 5 par an avec 120 à 200 participants) et de voyages (août 2005, la Tunisie et mai 2006, l’Andalousie
– des évènements extraordinaires : le Prix aux élèves du lycée Bourguiba ex-Carnot, l’anniversaire des 10 ans de l’association, …

L’ALCT a publié en 1999, 2001 et 2004 l’annuaire de ses adhérents et a initié l’Annuaire International 2006 en lien avec l’AAELC et AMILCAR. L’Association des Anciens du Lycée Carnot de Tunis est gérée par le conseil d’administration, en collaboration avec le délégué général.

PRESENTATION

Pourquoi une association des Anciens du Lycée Carnot de Tunis (ALCT) ? Une attente existait. Chacun dans son coin se demandait comment avaient évolué ses camarades de classe. Le 6 janvier 1993, l’ALCT est née. Très vite, elle a rencontré un fort écho. Nous avons été là au bon moment. Les anciens élèves avaient besoin de comprendre leur passé, l’histoire de la France et de la Tunisie, à travers leurs familles, leurs amisÖ A un stade de leur vie, ils ressentaient la nécessité de se replonger, au delà des clivages professionnels, communautaires ou politiques, dans ce melting-pot joyeux qu’était Carnot dans leur souvenir. Cette association est entrée immédiatement en résonance avec eux. Un réseau affectif s’est remis en marche. Les faits sont là : plus de mille adhérents et trois mille anciens retrouvés en une dizaine d’années.
Quelles sont les activités de l’ALCT ? Une lettre d’information, trois fois par an qui présente le courrier des adhérents, le compte-rendu du dîner-débat, l’actualité des adhérents, des rendez-vous dans des lieux de mémoire … L;#39;annuaire: des centaines de personnes sont inscrites dans l’annuaire de l’association – de plus en plus épais à chaque parution -, assistent régulièrement aux dîners-débats, participent aux voyages et se connectent sur notre site. Des avis de recherche, venus de partout ( France, Tunisie, Italie, IsraÎl, Canada et même de Colombie) sont lancés sur Internet. Comme celui-ci : « nous recherchons tous nos camarades de 3ème5, année 71-72. Voici la liste de la classe. Si vous avez un frère, une sŒur, un ami ou un membre de votre famille qui se reconnaît, ou une quelconque piste, contactez-nous très vite ». Ce site a fait naître des relations inimaginables par des connexions avec le monde entier. Ainsi à la suite d’échanges électroniques, un voyage à Rome a été organisé au printemps dernier pour rencontrer d;#39;anciens condisciples italiens. La réunion a été très chaleureuse. Beaucoup d’histoires, de blagues, des questions : « qui a mon ‚ge, qui est de ma promo, est ce que vous connaissez celui-là, qu’est devenu celui-ci ? J’ai joué avec un tel à la guitare, j’ai chanté avec cet autre à l’Hacienda et dans toutes les boites de Tunis où l’on faisait la fête ». Un seul d’entre nous a retrouvé un copain de classe. Une de nos figures mythiques, un professeur de maths, monsieur Colas – lui-même ancien élève, dont les quarante ans de carrière se sont déroulés à Carnot ñ a lancé un appel. Devenu aveugle, il souhaitait reprendre contact avec ses anciens élèves. Nous avons reçu des centaines de messages émouvants, chaleureux, qui décrivent ses cours, ses manies. Ce professeur, toujours ganté de blanc pour écrire au tableau à la craie omyacolor, nous faisait partager sa passion de l’astronomie. Ses élèves de l’année 1979 se souviennent des photos de la NASA qu’il leur avait montrées, les premiers clichés de la planète Mars par la sonde Voyager. L’infamie suprême était de se faire traiter de crétin. Dans ces courriers c’est tout un monde enfoui qui s’exprime. Il a été tout heureux de ces évocations qui o;shy;nt éclairé la fin de sa vie. D’autres liens, d’autres rencontres se font aussi comme des échanges d’appartements avec la Tunisie et des demandes de stage.En Tunisie, d’autres événements o;shy;nt ravivé la mémoire de Carnot. Les associations d’anciens élèves, celle de Tunisie et celle de France o;shy;nt en premier célébré le centenaire du lycée en 1993. Elles o;shy;nt ensuite mis en place ensemble, en 1998, le Prix francophone destiné aux élèves du lycée-pilote actuel (en 1983, le lycée Carnot est rétrocédé à l’Etat tunisien et prend le nom de son plus célèbre ancien élève tunisien, Habib Bourguiba). Un concours pour les élèves des classes terminales sur le thème : « vous vous apprêtez à jeter une bouteille à la mer contenant un message, en souhaitant qu’elle soit retrouvée par un jeune de votre ‚ge sur les rives françaises. Rédigez la lettre que vous allez mettre dans cette bouteille » a reçu un accueil enthousiaste. Un jury composé d’écrivains, tunisiens et français a sélectionné les meilleures rédactions. Neuf lauréats, sept filles et deux garçons, ‚gés de 15 à 18 ans, o;shy;nt été récompensés par un voyage d’une semaine à Paris. Une grande cérémonie a réuni dans la salle des fêtes du lycée les anciens élèves, toutes générations confondues. A Paris, durant la semaine de la Francophonie, ces jeunes émerveillés o;shy;nt été accueillis et guidés par des membres de notre association.;nbsp;;nbsp;;nbsp;;nbsp;;nbsp;En 2003, L’association a fêté ses dix ans en grande pompe à l’Hôtel de Ville de Paris. Plus de mille personnes ont répondu à l’appel, dont le président de l’association jumelle à Tunis Taoufik Ben Ghars et en présence de trois anciens élèves des lycées français de Tunisie : madame l’ambassadrice de Tunisie, Bertrand Delanoe et Philippe Séguin. Cette adolescence toujours présente en nous, revient en force. Raviver l’esprit Carnot, replonger dans nos racines et poursuivre l’idéal républicain dans lequel nous avons été élevés, tel est le but de l’association. C’est ce que je veux transmettre.(d’après le témoignage de Michel Hayoun, président de l’ALCT, dans l’ouvrage Les lycées français du soleil, creusets cosmopolites de la Tunisie, de l’Algérie et du Maroc, d’Effy Tselikas et Lina Hayoun, aux éditions Autrement, collection « Mémoires »).

Comment continuer les activités de l’ALCT ?
Pour pérenniser l’ALCT et ses activités, votre adhésion et votre fidélité nous sont vitales. En adhérant à l’ALCT, vous bénéficiez de l’annuaire 2007 comprenant les coordonnées de plus de 1000 anciens élèves de Carnot, des réductions sur les dîners-débats, les spectacles,des invitations prioritaires pour nos événements exceptionnels.
Pour cela Il vous suffit de glisser dans une enveloppe dès aujourd’hui le formulaire d’adhésion dument rempli, accompagné de votre chèque et de le poster. Cliquez ici pour accéder au formulairePourquoi une association des Anciens du Lycée Carnot de Tunis (ALCT) ?

Quelles sont les activités de l’ALCT ?

Les filles du soleil


Bonne nouvelle, l’auteur et metteur en scène de Halfaouine, L’enfant des terrasses et d’Un été à la Goulette, Ferid Boughedir (lc62) est notre invité avec Effy Tselikas et Lina Hayoun mercredi 24 mars.
Claudia Cardinale, Claude Hagège, Alexandre Arcady, Bertrand DelanoÎ, Elisabeth Guigou, Dalil Boubakeur, Albert Memmi, Férid Boughedir, la Présidente de la Lettonie et bien d’autres, qu’ont-ils en commun ?
Comme vous, ils o;shy;nt usé leurs fonds de culotte sur les bancs des « lycées du soleil », que ce soit en Tunisie, Algérie ou Maroc. Deux « anciennes » que vous connaissez bien, Effy Tselikas (lc72/term) et Lina Hayoun (mutu67/1ère), o;shy;nt eu l’idée de recueillir le témoignage de leurs années-lycée, appuyé par une recherche historique de plus d’un siècle d’éducation sur ces trois pays, dans un livre qui vient de paraître : Les lycées français du soleil, creusets cosmopolites de la Tunisie, de l’Algérie, du Maroc, aux « Editions Autrement », dans la collection « Mémoires ».
Ces récits émouvants entrent en résonance avec l’actualité, en posant des questions sur la société d’aujourd’hui : laïcité, mixité, multiculturalité, transmission des savoirs et des mémoires.

Près d’une centaine de personnes a assisté au dîner-débat du 24 mars autour d’Effy Tselikas et Lina HAYOUN, auteurs des Lycées français du soleil creusets cosmopolites de la Tunisie, de l’Algérie et du Maroc, en présence du cinéaste Férid Boughédir, un des 21 témoins du livre.

Voir le site Les lycées français du soleil

1975-1976 – Seconde C5


Rang du Milieu : S.BELKEHIA, XX, XX, ZOUAOUI, A.GHRIBI, D.BENABDELMOUNEN, BEN KHELIFA, XX, DOV
Dernier Rang : C.GUENICHE, JM.GAUSSI, XY, XY, XY, K.ZOUITEN, H.ESSAIED, XX, M.GHARBI,XY, F.SNOUSSI
Prof. de Math : C KOUKI???
Que Sont ils devenus :
– Hédi ESSAIED : Et.d’agronomie à Toulouse – Exploitant Agricole et Chef d’entreprise – Tunisie
– Michaël GHARBI : Et. en Médecine à Nantes – Pédiatre au Kram
– Sami BELKEHIA : Et.en Pharmacie à Marseille puis à Monastir – Pharmacien en Tunisie
– Sihem BELKEHIA : Et.en Pharmacie à Marseille – Pharmacienne en Tunisie
– Lotfi BELKEHIA : Et.en Médecine à Monpellier -( Trés brillant DCD en fin d’études de Médecine !!)
– Khalil ZOUITEN : Et. en Médecine à Marseille – Médecin échographiste en Martinique
Khalil.zouiten@wanadoo.fr

photo envoyée par Djamila BENABDELMOUNEN
Message de Khalil ZOUITEN (22/3/8): Plus de 30ans après J’ai pu identifier pas mal de personnes … : 1er Rang : K.NEDJIMA, E.FATNASSI, CHARFI, MELLOULI, L.BELKEHIA, S.BELKEHIA, EL FIL ,X X , XX

1941-1942, devant la salle d’études des pensionnaires


1ère photo prise au printemps 1942 devant la salle d’étude des pensionnaires au deuxième étage de la nouvelle aile du lycée Carnot, longeant l’avenue Roustan.
Mes copains de gauche à droite :
Un tunisien ? meilleur élève de sa classe
Un sicilien ? un maltais ?
Un français, fils de colon ?
et moi-même Raymond Massa, 18 ans, mobilisé le 1er juillet 1943 (3 ans de guerre dans les blindés), démobilisé à Tunis début 1946.Photos et commentaires Raymond Massa

DELON Louis

le parle couramment ; connaît ce pays sûrement mieux que la Tunisie où il aura enseigné plus de 20 ans, en a presqu’oublié son Aveyron natal…surprenant, admirable, prodigieux de l’entendre parler du berceau de la démocratie !
(en toute objectivité, c’est sa… fille qui vous le dit).prof. de lettres.
Pour la petite histoire, il s’est mis au grec moderne dès la retraite et (suite en cliquant sur Delon Louis)

SEBAG PAUL


Paul Sebag, la mémoire de Tunisie par Claude Sitbon (LC ),le 12 décembre 2004

Paul sebag n’est plus depuis le 5 septembre dernier. C’est une perte pour la Tunisie, dont il fut l’un des brillants historiens, et pour la communauté juive, dont il fut l’un des chantres.
Né à Tunis le 26 septembre 1919, Paul était un homme au sourire malicieux, dont l’étendue des connaissances n’avait d’égale que la splendeur de sa bibliothèque. Cette bibliothèque était un objet de fierté: il ne pouvait l’évoquer sans penser à son père, l’éminent avocat, qui lui avait appris à lire les classiques grecs et latins, les auteurs français et étrangers, sans parler de la philosophie et de l’histoire. Malgré, ou à cause, de ses origines « bourgeoises », il se passionna, comme bien des jeunes de son époque, pour les idées « évolutionnaires ». On se souvient de ce climat de l’entre deux-guerres qui fit la force du Parti communiste, auquel l’intelligentsia européenne s’était largement ralliée…
Après des études de droit et de philosophie, à Paris, interrompues par la guerre et les lois racistes, Paul Sebag devient militant communiste et prend une part importante à l’action clandestine du Parti communiste tunisien (PCT) contre le régime de Vichy. Arrêté,il est condamné par le tribunal de Bizerte aux travaux forcés à perpétuité, mais ne fera que dix mois de prison. Libéré au lendemain du débarquement des Alliés, le 8 novembre 1942, il reprend son activité politique au sein du PCT, dans Tunis occupé par les Allemands.
Après la libération, le 7 mai 1943, Paul devient journaliste et assure la rédaction du journal du parti. Mais le journalisme, comme l’on sait, ne nourrit pas son homme. Il achève donc ses études et devient, de 1947 à 1957, professeur de lettres au lycée Carnot de Tunis. Il marquera une génération entière d’étudiants, qui gardent de lui un souvenir lumineux.
En 1951, il publie son premier livre La Tunisie – Essai de monographie, une analyse de l’économie et de la société tunisiennes. Un livre « engagé » qui rencontre un grand succès. Il songe alors à préparer un doctorat et dépose un sujet de thèse. En réalité, il commence par publier plusieurs études de sociologie urbaine qui l’amènent à enseigner à l’Institut des hautes études de Tunis, puis à la faculté des lettres de cette même ville. S’étant enfin attelé à la rédaction de sa thèse, il y consacre de très nombreuses années. L’ayant enfin achevée, il ne la publie pas. C’est qu’il est atteint de cette maladie qui
frappe certains intellectuels: le perfectionnisme.
De 1957 à 1977, il sert le gouvernement tunisien, mais, à la rentrée d’octobre 1977, son contrat n’est pas renouvelé. Il est alors nommé à la faculté de Rouen, où il enseignera pendant deux ans, puis fait valoir ses droits à la retraite pour se remettre à sa passion: l’écriture.
Cet homme qui fut l’un des hérauts de la lutte pour le communisme ne rougit pas d’avoir partagé cette passion, même si elle fut un échec. Comme fut un échec, hélas ! cette volonté de lutter pour la nation tunisienne, qui, comme toutes les jeunes nations, eut du mal à conserver en son sein les non-musulmans. Après sa période d’enseignant et de militant, il se consacre à son « devoir de mémoire »: transmettre cette histoire qu’il aime tant, celle de la Tunisie et de ses juifs. En 1989, il publie Tunis au XVIIe siècle. Deux ans plus tard paraît La Régence de Tunis à la fin du XVIIe siècle, puis, en 1998, son livre majeur, celui de toute une vie : Tunis, histoire d’une ville. Enfin, il faut rappeler qu’il avait, en 1959, publié avec Robert Attal une étude sur la Hara de Tunis. Aujourd’hui introuvable, cet ouvrage mériterait sans nul doute d’être réédité.
Et puis, remis de ses désillusions, il s’est attelé à une partie de son histoire, dont il s’était jusque-là peu occupé: la « judaïcité tunisienne », selon l’expression de son camarade Albert Memmi.
En 1989, il participe à l’élaboration de l’excellent ouvrage collectif La Tunisie – images et textes. Deux ans plus tard, il publie Histoire des juifs de Tunisie, des origines à nos jours, expliquant comment et pourquoi cette communauté de plus de cent mille âmes qui avait la coquetterie de faire remonter son histoire à la reine Didon s’est arrachée à sa terre pour s’établir en France ou en Israël. Son dernier ouvrage paru en 2002 sera Le dictionnaire des Noms des Juifs de Tunisie, d’une exceptionnelle richesse d’information.
En 1994, à Paris, mon ami Abdelbaki Hermassi, qui était à l’époque ambassadeur de Tunisie à l’Unesco (il est, depuis peu, le nouveau ministre tunisien des Affaires étrangères), décora Paul Sebag, au nom du président Ben Ali, de l’ordre du Mérite culturel. Lors de chacune de nos rencontres, Hermassi ne manque jamais de me rappeler « tout ce qui nous unit ».
Je souhaite qu’il poursuive ce dialogue entre interlocuteurs qui ont encore beaucoup à se dire. Ce serait le meilleur moyen de rendre justice à l’action de Paul Sebag.
Claude Sitbon

de Benito Proïetto

La disparition de Paul Sebag m’a profondément touché. J’ai été son élève à Carnot, en classe de 4ème (année 1951.1952). Professeur de français-latin, il avait eu le grand mérite de nous avoir donné le goût de la recherche et d’avoir éveillé notre curiosité sur les problèmes économiques et sociaux d’un territoire qui était aussi notre pays natal.
Je lui avais écrit il y a quelques années à la veille de sa conférence au dîner-débat où il présentait son ouvrage sur l’histoire de Tunis. Je lui avais rappelé, outre les liens qui me liaient à sa famille (son père, maître Louis Sebag était notre avocat), les recherches qu’il nous avait suggérées et que j’ai conservées (comme, par exemple, les transports routiers en Tunisie).
Il m’avait répondu avec la même gentillesse qu’il avait toujours manifestée tout au long de son enseignement. Je n’ai qu’un regret : celui de n’avoir pu le revoir après tant d’années de silence, pour retrouver son sourire affable, expression d’une sérénité, d’une discrétion et d’une sagesse que les moments parfois très difficiles de sa vie n’avaient jamais pu entacher.
Une grande perte pour la communauté des anciens de Carnot. Un de voir pour nous tous de rappeler dans nos souvenirs l’enseignant, le chercheur, l’homme.

Benito Proïetto Latina (Italie) – Lc 1956/philo
Latina (Italie) – Lc 1956/philo
Prof. de français. Historien de la Tunisie.
Photo prise en 1951 et envoyée par Alexandre Delmas

Dîner-débat du 8 juillet 2003 avec Serge Moati



L’auteur de  » Villa Jasmin  » ( Fayard) Serge Moati, réalisateur de fictions et de documents, anime sur France 5 l’émission Ripostes. C’est un ancien de notre lycée. Il est notre invité mardi 8 juillet pour nous parler de son roman et nous dévoiler des aspects peu connus de la colonisation et de la Seconde Guerre mondiale en Tunisie.Ce dîner se déroulera mardi 8 juillet à 20h. au restaurant de l’UNESCO, 7 Place de Fontenoy, à Paris 7ème (métro Ségur).

Pour plus d’informations sur ce livre ou le recevoir, cliquez ici.

Note : Le nombre de places étant limité, merci d’envoyer un chèque de 38Ä (adhérent) ou 44Ä (non-adhérent) par personne, dîner et boissons comprises, à l’ordre de l’ALCT, 18, Champs Elysées à Paris 8ème. Comme au générique d’un film,  » Villa Jasmin  » s’ouvre sur une vieille photographie prise à Tunis. Un homme la regarde et se souvient. Ce cliché suffit à faire surgir un monde englouti, coloré et joyeux et à reformer le puzzle d’une histoire familiale brisée par l’Histoire.

Albert MEMMI

Comment êtes-vous entré au Lycée Carnot ?
Le lycée Carnot, comme je l’ai raconté dans « la statue de sel » et dans d’autres livres, a été pour moi une chance providentielle. Mon père était artisan bourrelier et il n’était pas question que je fasse des études secondaires, non pas, que mes parents ne le voulaient pas, mais ce n’était tout simplement pas dans leur perspective. J’ai eu la chance de me voir proposer une bourse d’études par l’Alliance Israélite, destiné aux meilleurs élèves. C’est ainsi que j’ai pu aller au lycée Carnot.
Je dois dire que je rends gr‚ce encore aujourd’hui au dévouement de mon père parce que, normalement j’aurais d? travailler au magasin en tant que fils aîné ; ce fut un gros sacrifice pour mes parents. Et c’est vrai que c’était la voie qui m’a amené vers l’Université plus tard.
Au début, ce fut pour moi très angoissant, je ne parlais pas bien le français. A l’école primaire israélite, on parlait mal le français. Entre nous, nous parlions l’arabe dialectal. Ma mère n’a jamais parlé français, mon père parlait un français de tous les jours, mélangé au sicilien et au maltais et mes petits copains, ceux de mon milieu social, ceux que je fréquentais lorsque je sortais du lycée, n’étaient pas des Français : c’était des Corses, des Siciliens, des Arabes parce que j’habitais un quartier qui était plus proche du quartier arabe que du quartier européen. On était plutôt d’influence italienne dans notre quartier. Je parlais donc arabe avec mes copains et ma famille. Je suis donc de langue arabe, c’est clair. Par ailleurs, je n’avais pas de vraie relation avec mes camarades du lycée, je n’avais aucun contact avec leur vie à l’extérieur, avec leur famille.
Le lycée Carnot, c’était des gens qui parlaient bien français ; le français, c’était la langue de la bourgeoisie, parce que l’influence française s’exerçait plutôt sur la bourgeoisie que sur les classes pauvres. Moi , je n’étais pas riche, j’en ai tiré parti ; j’en ai fait une philosophie, une force.

Qu’est ce qu’a représenté le lycée Carnot dans votre vie ?
Premièrement, cela correspond à la chose la plus belle au monde : c’était une promotion sociale considérable, de la même manière que le fils de paysan, d’ouvrier français fait un bond en entrant au lycée et non au collège technique. Beaucoup de mes amis ENA ou HEC sont issus de ces classes-là ; le grand-père est paysan ou ouvrier puis le fils devient instituteur, c’est déjà un progrès formidable, puis le fils de l’instituteur devient professeur agrégé et quelquefois parmi eux, il y en a qui vont au Collège de France. C’est classique comme description démographique. L’entrée au lycée Carnot était donc premièrement une promotion sociale.
Deuxièmement, c’était la manière d’approcher, de maîtriser la culture française à laquelle je reste fidèle. Quels que soient les griefs que j’ai sur la conduite des colonisateurs, la culture française est certainement l’un des plus beaux fleurons de l’humanité. Ce n’est pas de la flatterie de dire qu’elle fait partie des trois ou quatre cultures majeures. La France a cette conjonction assez extraordinaire : la littérature et la philosophie françaises sont des choses très importantes et en même temps la France a une place essentielle pour les sciences, les techniques, les technologies. Donc le lycée Carnot, c’était l’accès à la culture.
Pour moi, s’y ajoute un troisième point capital : c’est là où j’ai fait connaissance de ce que l’on pourrait appeler l’esprit critique. L’esprit critique vient surtout du siècle des lumières, les valeurs de la Révolution Française, la rationalité, tout ce qui est devenu ma philosophie, et qui m’a donné une méthodologie, une méthode de travail, qui m’a permis de faire des recherches, de me constituer en tant qu’homme sur tous les plans, avec sa tradition cartésienne et expérimentale que je pense non dépassée. Aujourd’hui, on en vient au mysticisme mais pour moi j’en reste à ces valeurs-là : la méthode expérimentale et rationnelle qui est la seule méthode qui permette vraiment de penser. Le reste c’est de l’affabulation.
Quatrièmement, c’est que cela m’a permis la maîtrise de la langue française. Je suis devenu écrivain parce que j’avais un besoin profond de maîtriser cette langue majeure. Et, je continue aujourd’hui encore, vous ne pouvez imaginer : cela vous amuserait de penser qu’à mon ‚ge, et après tant de livres écrits, je consulte encore mon vieux dictionnaire, je le regarde, je vérifie un mot. J’ai écrit un livre, il n’y a pas très longtemps qui s’appelle « A contre courant » dans lequel il y a un chapitre spécial sur le langage des publicitaires : « positiver, etc… ». Je trouve cela grotesque. C’est une espèce de lutte permanente avec cette langue superbe, magnifique qui fait que je suis devenu écrivain avec toute la modestie que je mets dans ces mots, comme la modestie d’un artisan qui aime à faire une belle phrase. C’est une jouissance de faire une phrase correcte.

Cet amour de la langue française, de cette culture vous a été transmis par les enseignants de Carnot ?
Je n’aurais pas pu écrire dans une autre langue. La littérature française a été une découverte progressive, mais il y a un homme dont j’ai parlé dans « la statue de sel » sous le nom de Marrou, qui est Jean Amrouche, en fait un écrivain, un poète franco-algérien, kabyle chrétien. J’ai eu la chance qu’il ait été mon professeur en première, il était féru de langue française, il adorait cette langue et vraiment il m’a communiqué l’amour des poètes. C’est lui qui m’a appris à aimer des poètes pas très connus comme Saint John Perse ou celui qui a dit cette phrase superbe « Ceux qui n’ont pas de légendes sont condamnés à mourir de froid ». Enfin, il m’a ouvert des perspectives sur la littérature. Comme l’année suivante, j’ai eu la chance d’avoir un professeur de philo, qui était également remarquable. C’est une chance, ce n’est pas un mérite de tomber sur quelqu’un qui s’appelait Patri que j’ai décrit sous le nom de Poinsot. Et Patri était un extraordinaire pédagogue. Il boitait, je l’accompagnais chez lui à Mutuelleville à pied, et il parlait, il parlait. Après, j’ai lu pour mon propre compte.

Comment vous définiriez vous ?
Je ne me considère pas comme un intellectuel français, plutôt comme un intellectuel de langue française. Et je ne me considère pas non plus comme un intellectuel tunisien. Je suis un écrivain, comme le dit Camus :  » La caractéristique d’un écrivain, c’est son incapacité à faire partie d’une race, d’une caste, d’une classe sociale ». Et cela va encore plus loin, c’est même une condition d’hygiène mentale : il faut garder des distances avec tout le monde, pas seulement au niveau politique, ou social, mais aussi religieux, familial, personnel, à tous les niveaux.
Bien s?r, l’appartenance, vous savez, c’est une chose terrible ; c’est à la fois quelque chose de très agréable, c’est très chaud et c’est le pire des piéges. Parce que vous en venez tôt ou tard à dire des choses que vous ne pensez pas, par solidarité, par gentillesse, pour continuer à appartenir. C’est pas bien. Un intellectuel ne doit jamais faire çà, ce n’est pas son métier. Mais je n’ai pas dit qu’il faut rompre avec les groupes, je vous le répète, c’est très agréable. Cela aide beaucoup. J’ai écrit un livre qui s’appelle « la dépendance ». On est toujours dépendant, c’est même ma thèse essentiellement; mais il faut savoir jouer sur cette dialectique à la fois de fusion et de distance, avec sa propre dépendance, ses dépendances.
Je crois très sincèrement que mes livres (je ne parle pas de leur valeur), mon itinéraire peuvent aider beaucoup de monde. Ce sont des livres sincèrement faits, sincèrement exprimés et qui sont assez typiques. Des hommes comme moi, il y en a beaucoup et c’est l’avenir. Ces hommes qui soient à la fois de plusieurs pays, de plusieurs civilisations, de plusieurs langues : ils sont vraiment exemplaires. En vérité, les gens ne se rendent pas compte, ils s’imaginent parce qu’ils sont de Lozère, par exemple, avec toute leur famille, ils s’imaginent qu’ils sont tout à fait typiques. Ce n’est pas vrai, c’est nous qui sommes typiques : eux sont périmés. On peut appeler cela universalité ou mondialisation.
Je suis traduit en arabe : quelques petits textes, par une excellente maison qui s’appelle CERES, dirigé par un ami d’enfance tunisien. Je suis traduit en 20 pays, dont l’Iran et surtout en Allemagne, aux Etats-Unis, en Italie, en IsraÎl…

Quelles suggestions donneriez-vous à l’Association pour qu’elle joue pleinement son rôle ?
D’une manière générale, je vous ai dit que j’étais pour l’exercice de la rationalité, pour l’exercice des droits de l’homme, pour la justice sociale, pour toutes ces valeurs qui sont issues tout droit à la fois du judéo-christianisme et plus particulièrement de la Révolution Française. Je suis un homme du XVIII? siècle, pour les idées et pour le style aussi. J’aime la clarté, la précision, je n’aime pas l’équivoque, je déteste les romantiques, parce qu’on ne comprend pas ce qu’ils racontent. Donc dans cette lignée-là, dans cette filiation-là, je suis ce qu’on appelle aujourd’hui un humaniste. C’est à dire que pour moi, l’homme est le plus important.
Je suis donc pour le dialogue, je vous l’illustrerai d’une réalité de mon enfance : ma mère suivait une rite qui est classique : quand quelqu’un lui envoyait une assiette avec quelque chose, elle ne le renvoyait pas vide, et comme on n’était pas très riche, elle mettait du sucré, des bonbons, du chocolat, n’importe quoi. L’essentiel, c’est qu’il y ait des choses douces.
C’est l’illustration même du dialogue, du rapprochement. Le dialogue de l’association, c’est entre générations et origines différentes. Même si c’est difficile et ingrat, il faut le faire quand même. C’est comme la pédagogie, j’ai enseigné 40 ans. Beaucoup de collègues sont découragés. A quoi ça sert ? Il faudrait pouvoir voir les gens avant et après ; on verrait qu’un garçon ou une fille sont transformés par votre apport, parce que nous avons un effet réel. Même si c’est limité, il faut le faire. C’est pas tangible tout de suite. Mais il y a une parole d’homme à transmettre. Intellectuel de langue française comme il se définit, Albert Memmi nous a entretenu de sa passion pour la culture française transmise par les enseignants du lycée Carnot et du rôle de l’association. Interview Effy Tselikas, Lina Hayoun