Notre ami Alexandre Levy est parti samedi 28 novembre, suite à une rupture d’anévrisme. Il avait 68 ans.
Alexandre, ça fait une vingtaine d’années qu’on le connaît, qu’on apprécie sa gentillesse, qu’on admire sa culture et sa soif de découvertes.
Il était le trésorier de l’association des anciens du lycée Carnot .
A Jacqueline, à Sophie, à ses petits-fils et à son gendre, nos plus affectueuses pensées .
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CHIRURGIEN HIER ET AUJOURD’HUI de JACQUES BARSOTTI
L’auteur en quelques mots… Jacques Barsotti est professeur honoraire de chirurgie orthopédique et traumatologique, ancien chirurgien des hôpitaux. Après le lycée Carnot, En 1943, Jacques Barsotti entre à la Faculté de médecine d’Alger. En 1995, il cesse ses fonctions au CHU de Tours : cinquante-deux années d’exercice dans un siècle particulièrement riche en bouleversements scientifiques et sociaux.
Les circonstances l’ont confronté aux pratiques chirurgicales les plus diverses : en Afrique du Nord, dans le bled à Tunis puis dans le CHU d’Alger; en métropole, après un court épisode de chirurgie insulaire en Corse, carrière hospitalo-universitaire au CHU de Tours.
L’auteur a rencontré des praticiens très différents, tous passionnés par leur exercice. Avec eux, il a tenté d’alerter les pouvoirs publics sur le caractère inéluctable de la crise qui sévit actuellement dans la profession. Aujourd’hui, il nourrit sa réflexion de son expérience pour proposer des pistes, sortir du pessimisme ambiant et susciter un regain d’intérêt pour la chirurgie parmi les futurs étudiants.
Cadeau de Claude RIZZO pour l’an nouveau : une histoire inspirée par celle de sa famille
La honte était parvenue à vaincre sa terreur de lenfer. Dieu comprenait sans doute la détresse qui le poussait au parjure. Lun des souliers de sa dernière paire sétait ouvert comme une figue trop mûre. Sa chemise partait en lambeaux et ses pantalons ne semblaient pas en meilleur état.
Tu lui diras la vérité, lui conseilla sa mère. Sur cette île, nous ne sommes pas les seuls à manquer de tout, même de nourriture.
Putain de misère ! LArchipel maltais connaissait sa troisième année de sécheresse. La terre, brûlée par le soleil et le sirocco, souvrait de crevasses larges comme le poing. Les denrées devenaient un luxe que seuls les Anglais pouvaient encore soffrir. Une garnison de quinze mille hommes, les fonctionnaires et leur famille quil fallait nourrir : les Britishs raflaient le peu que lîle produisait encore, précipitant la population dans la famine.
Face à la calamité, certains Maltais osaient chuchoter, imaginant que lon pourrait importer quelques sacs de blé français. Ces messieurs leur riaient au visage. LEmpire britannique sen remettant à la France pour approvisionner ses colonies. Fallait-il être maltais pour imaginer une telle humiliation.
Je crois bien que je vais y aller, annonça Paul Caruana sans bouger dun pouce.
Il eut un regard par la fenêtre ouverte. Le troupeau sétait rassemblé au bout du champ. Plus rien à brouter, deux chèvres étaient mortes en quelques semaines et les survivantes ne donnaient plus de lait.
Paul passait désormais ses journées dans la crique voisine. La vingtaine de minuscules poissons de roche, une paire de mulets, une dorade les jours de chance, représentaient bien souvent leur seul repas.
Caruana finit par se lever et sortit.
La lettre vient de ton frère, annonça le capelan après avoir ouvert lenveloppe.
De Gaëtano, vous en êtes sûr ?
Paul nen revenait pas. Il vivait dans la certitude quil nentendrait plus parler de son aîné. Celui-ci avait passé des semaines sur le port de La Valette, dormant sur les quais dans lespoir dêtre embauché sur lun des navires faisant escale sur lîle. Il avait de toute évidence réussi son coup malgré la concurrence. Ils étaient des milliers à rêver de départ vers des terres hospitalières où les enfants nauraient plus jamais faim. Un sixième de la population se préparait en effet à quitter le pays de ses ancêtres. Ces hommes, ces femmes, allaient ainsi engendrer la plus importante émigration en pourcentage que le monde nait jamais connue.
Où est-il en ce moment ? demanda Paul.
Le curé se signa avant de répondre :
À Tunis, chez les Barbaresques.
Un nom rappelant à lui seul la terreur aux couleurs de lenfer qui fut imposée aux habitants de larchipel durant des siècles. La guerre de course connaissait alors de beaux jours. Corsaires de Tunis et dAlger, Chevaliers de Malte, se rendaient la politesse dans des razzias où les populations capturées finissaient sous le joug de lesclavage. Ces visites croisées appartenaient désormais au passé. La France avait occupé lAlgérie. La Royal Navy veillait sur le sommeil des ayants droit de son Empire. Et il est prouvé que lon dort bien mieux le ventre vide.
Daprès ce quil raconte, ajouta le capelan, la vie est plus facile chez les païens pour les hommes qui nont pas peur du travail. Il vous propose, à ta mère et à toi, daller le retrouver. Il te demande aussi damener tes chèvres. Il paraît que les gens de là-bas apprécient le lait des chèvres maltaises.
Le curé hocha la tête.
Je serais bien étonné quun mahométan puisse faire la différence entre le lait de chèvre et celui de brebis. Bon, je continue. Il attend ta réponse. Si vous donnez votre accord, il enverra quelquun vous chercher dici quelques semaines. Il faudra vous tenir prêts à tout moment. Le bateau ne pourra pas vous attendre. Il finit en disant quil fera son affaire du coût de la traversée et quil vous embrasse.
Le prêtre remit la page de papier quadrillé dans lenveloppe.
Si tu veux, je técrirai la réponse.
Merci mon père ! Je réfléchis avec ma mère et je vous dirai, répondit Paul en se levant.
Et nai pas honte de venir à la messe le dimanche, lui dit encore le prêtre en le raccompagnant. Je te rassure. La moitié des paroissiens qui assistent aux offices nont plus de chaussures.
Le sujet occupa désormais la plupart de leurs échanges. Mme veuve Caruana percevait dans cette opportunité une chance à ne pas laisser passer. Jamais elle nenvisagea toutefois de faire partie du voyage. Le bout de son chemin se trouvait ici, près de son époux, dans le petit cimetière bordant léglise paroissiale.
Paul décida alors de classer le projet dans le tiroir des affaires sans suite. Il se préparait à rendre une nouvelle visite au capelan quand sa mère revint à la charge.
Tout est arrangé, lui dit-elle. Tu nas plus à te soucier de moi. Jirai vivre chez ta sur Fiona. Son mari est daccord pour mhéberger. Il te demande seulement de lui donner quatre chèvres avant de partir.
Paul séveilla en sursaut. On frappait à la porte sans ménagement.
Tu as une demi-heure pour te préparer et réunir tes bêtes, annonça lun des deux visiteurs dans un maltais chancelant. Le bateau est ancré dans Saint Georges Bay. Départ dans deux heures.
Comme ça, en pleine nuit ?
Lautre eut un sourire.
Hé oui, cest ainsi, notre métier se pratique plutôt de nuit.
Et quel est votre métier ?
Le même que celui de ton frère Gaëtano et de bien des Maltais de Tunisie. Cest une sorte dimport-export où les échanges se font bien plus dans les criques isolées que dans les grands ports. Tu vois ce que je veux dire ?
Non, Caruana ne voyait pas. Mais linstant se prêtait peu aux éclaircissements. Le temps de serrer sa mère contre lui, de sortir les chèvres de la bergerie, Paul Caruana quittait Ghar Dalam, le village de ses ancêtres. Deux heures plus tard, son île disparaissait dans les brumes de la nuit. Il ne devait plus jamais y revenir.
Tunis 1846.
Camerla Caruana attela son bouc à la petite charrette imaginée et conçue par son époux. Elle installa Fifine au premier étage, limpériale en quelque sorte, capitonnée dun vieil édredon et garnie dun parapluie à lusage de toutes les saisons.
Le nourrisson ouvrit les yeux, sourit à sa mère et se rendormit. Camerla lui passa la main sur le visage dans une tendre caresse.
Cest lheure de ta promenade, lui dit-elle en chargeant un arrosoir et une éponge destinés à nettoyer le pis de ses bêtes.
Le troupeau se mit en marche. Le bouc, sérieux comme un officier de larmée des Indes, gardait ses distances, avançant à deux pas derrière sa patronne sans jamais se laisser distraire par les trognons de légumes et les papiers gras parfumés par les restes de gâteux au miel.
Aïa, aïa ! Mourou, mourou ! criait Camerla, prolongeant ses appels dun sifflement inimitable, connu dans tout le quartier franc et dans les moindres ruelles de la Médina.
Les premiers clients sortaient sur le pas de la porte, provoquant un affrontement général. Les chèvres perdaient alors leur flegme, se distribuant maints coups de corne dans leur désir de se présenter en tête devant Camerla. Leurs mamelles traînaient au sol, battaient leurs pattes et les faisaient souffrir. Leur combat était celui de la liberté.
Paul Caruana quitta léglise Sainte Croix. Assis sur les marches, il enleva ses chaussures, noua les lacets et les posa ainsi sur son épaule. Un geste guidé par un souci déconomie qui ne le quittait pas malgré les trois pièces dor que son travail et celui de son épouse leur avaient rapportées.
Le curé, un Italien du Nord, blond comme un ange du Paradis, sortit à son tour et vint sasseoir à ses côtés.
Paolo, lui dit-il, je voudrais te donner un conseil. Et je pense quil serait sage que tu le prennes au sérieux. Vois-tu, je crois quil est temps que ton fils Nazzareno fréquente lécole italienne.
Caruana hocha la tête. Lidée lui paraissait plus que saugrenue.
À lécole, mais pour quoi faire, mon père ? demanda-t-il.
Pour apprendre à lire et à écrire. Mais aussi pour parler un bon italien. Vous savez que vous, les Maltais de Tunisie, vous êtes destinés à devenir italiens un jour ou lautre. Et je pense que cest là le désir de la majorité dentre vous.
Paul ne pouvait nier que le prêtre avait raison. Les quelques milliers de Maltais vivant à Tunis subissaient de plus en plus linfluence italienne, seule communauté européenne organisée, défendue par une ambassade puissante et active.
Malte, nétant pas considérée comme une nation, ses habitants ne pouvaient prétendre à aucune citoyenneté. Une époque où la loi tunisienne imposait aux consulats européens de prendre en charge leurs ressortissants. Mais où caser ces Maltais devenus bien encombrants ? Lambassade du Royaume-Uni, sur la demande présente du Bey, fut contrainte de reconnaître leur existence. Et les voici sujets de lEmpire britannique ou éléments anglo-maltais suivant lhumeur dun secrétaire de service.
Une décision qui nen fit pas des Anglais pour autant. Le seul chemin qui souvrait devant eux les dirigeait vers la nationalité italienne. Toute lorganisation de la vie quotidienne les y invitait : la paroisse Sainte-Croix sur laquelle régnait un clergé italien, les journaux, les écoles, lîle de Malte qui se perdait dans les souvenirs, les mariages mixtes et la volonté légitime dappartenir à une nation prête à les reconnaître comme citoyens à part entière.
Je parle larabe, le maltais et litalien, fit remarquer Caruana. Et pourtant, je ne suis jamais allé à lécole.
Le prêtre eut un sourire.
Il est question de litalien, du vrai, pas du charabia sicilien que jentends ici tous les jours, et auquel jai dû madapter pour me faire comprendre.
Caruana promit de réfléchir. Dix minutes plus tard, se promenant dans la Médina, il avait oublié le prêtre et sa drôle didée.
Paul ne pouvait se lasser du spectacle que lui offraient les marchés de Tunis. Il devait bien admettre quAllah pouvait se montrer plus généreux que le Christ quelquefois. Des montagnes dagrumes, un jardin potager béni des dieux, des pastèques quun seul homme ne pouvait porter, des dizaines de boucheries proposant des agneaux enlevés à leur mère et des moutons à la chair ferme et odorante suivant les goûts. Des marchés vivants, bruyants, animés par des orchestres de rues, des diseuses de bonne aventure et des charmeurs de serpents. Des marchés où lodorat était assailli à chaque instant : coriandre, clou de girofle, tebelcarouia, camoun, se mélangeaient dans des bouquets qui nappartenaient quà lOrient.
Caruana constata à nouveau que la Tunisie lavait capturé. Il aimait ce pays et tous les êtres qui le partageaient : Arabes, Juifs, Siciliens et Maltais. Il en était à présent certain. Cest sur cette terre quil voulait mourir.
Paul retrouva son fondouk du quartier franc, le seul où les chrétiens étaient en droit de résider.
Des pièces lune dans lautre ouvraient sur une cour aux allures darche de Noé. Les cochons, volailles et chèvres des locataires partageaient lespace avec les ânes des Tunisiens en visite à la Médina et les chameaux de tribus nomades résidant en ville le temps de vendre les produits de leur artisanat.
Là, sentassaient une trentaine de familles maltaises, parmi les immondices, dans le doux parfum du fumier et des ordures. Et quand le temps se mettait à lorage, lorsque ces tornades propres à la Méditerranée arrosaient la ville, leur arrivait alors tout ce que leau charriait avec elle. Le quartier franc méritait bien son titre dégout de Tunis.
Tunis 1862.
On enterrait ce jour-là Paul Caruana, emporté par lépidémie de typhoïde qui avait eu comme effet délaguer le quartier franc et de libérer ainsi quelques places pour de nouveaux immigrants. Le flot des miséreux arrivant de Sicile et de Malte nétait pas près de se tarir. Sans cette loi beylicale absurde, les contraignant à sentasser dans le cloaque de la ville, leur existence aurait eu un goût de miel. Ce pays ne comptait en effet que dix-sept habitants au kilomètre carré. Larchipel maltais en dénombrait plus de six cents.
Tunis 1881.
Nazzareno Caruana était arrivé deux bonnes heures avant le début du défilé. La foule des grands jours se pressait le long de la Promenade de la Mer. Les Tunisiens étaient venus en nombre, voulant sans doute célébrer larrivée dune civilisation éclairée qui les sortirait enfin de leur Moyen-Âge. Les juifs paraissaient plus sceptiques. Ils jugeraient sur pièce, lHistoire leur ayant enseigné que ses vicissitudes les désignaient bien souvent comme bouc émissaire.
Caruana, lui, était là pour jouir dun spectacle gratuit. Lévénement ne semblait pas de nature à changer le cours de son existence. La France, à cette époque, offrait aux Maltais une image trouble et mitigée. Ces derniers navaient pas oublié le passage de Bonaparte et de ses soudards sur leur île. Les soldats de la Révolution, portant dans leurs bagages lutopie de la liberté, furent accueillis comme des libérateurs. Ils sonnaient le glas du règne des Chevaliers, maîtres de lArchipel depuis 1530. Dix-huit mois plus tard, les habitants se révoltaient contre ces envahisseurs hautains et pillards de surcroît. Les Anglais les avaient aidés à renvoyer chez eux ces visiteurs encombrants. Ils devaient oublier de quitter lîle une fois leur généreuse mission accomplie. Limage de la France retrouvait quelques couleurs avec la prise dAlger, ce nid de pirates coupable de bien des razzias durant des siècles. Une nouvelle rencontre entre Français et Maltais sannonçait. Allait-elle déboucher sur le pire ou le meilleur ?
Les Italiens sétaient enfermés chez eux. Cette journée représentait à leurs yeux une bien lourde défaite. La France venait en effet de leur chiper une place que lHistoire semblait leur avoir réservée.
Nazzareno Caruana se moquait bien en cet instant de toutes ces tribulations politiques. Privé de citoyenneté, il nétait mû par aucun sentiment national. Il appartenait à la tribu des Maltais de Tunis : cétait bien là son seul drapeau. Même lîle de ses ancêtres se perdait dans les souvenirs. La dernière lettre remontait à dix ans. Elle lui annonçait la mort de sa grand-mère et ouvrait ainsi le livre de loubli.
Lon entendit enfin la musique. La grande et belle armée coloniale remontait le Boulevard de la Mer. Une heure de spectacle haut en couleurs durant laquelle la France montra ses muscles. La Tunisie navait pas choisi sa puissance protectrice par hasard. Et les insurgés du Centre et du Sud ne semblaient pas avoir compris que lon venait de leur offrir mille ans de bonheur et de prospérité.
Caruana retrouva les trois pièces de son fondouk où sentassait la marmaille. Pris par le quotidien, il oublia la France et son Protectorat. Lévénement ne paraissait pas de nature à changer le cours de son destin.
Tunis 1920.
Lazare Caruana arrêta son araba face au 56 rue de la Verdure. Il quitta sa charrette, flatta la croupe de son anglo-arabe dans une caresse de père.
Le cheval venait dentrer dans lexistence des Caruana du fondouk de la rue Sidi Kadous. Il écrivait ainsi la première page dune épopée riche de plusieurs volumes.
Rachid Boussen lattendait. Il servit le thé, puis ouvrit le propos par maints salamalecs comme il se doit avant de parler affaire.
Pourquoi la majorité des Maltais choisissent-ils ce quartier pour sy installer ? demanda-t-il ensuite.
Parce quils veulent rester ensemble, répondit Lazare sans hésiter. Et maintenant, ici, nous avons notre église et notre cimetière.
Avec larrivée de la France, Tunis sortait de ses murailles et connaissait une expansion sans précédent. La ville nouvelle avait choisi son camp. Elle devait faire de Tunis la cité la plus européenne dAfrique du Nord.
Les Maltais, un suivant lautre, sétaient installés dans le quartier de Bab el-Khadra, donnant ainsi leur nom à quelques rues des environs : rue Malta Srira, rue des Maltais, rue de la Valette.
Chaque jour voyait souvrir de nouveaux chantiers, au grand bénéfice de la communauté italienne. Cette dernière conservait pourtant toute son animosité à lendroit de la France, rêvant d’un renversement de situation qui ferait de la Tunisie une colonie transalpine.
Lazare Caruana avait perçu quil pouvait tirer profit de cette manne inespérée. Il avait ainsi investi les quelques sous que lui avait laissés son père dans une charrette et un cheval solide et résistant. Transporteur de matériaux de construction, il travaillait douze heures par jour et six jours par semaine.
Et ça te gène de vendre tes terrains aux Maltais ? demanda-t-il en retrouvant Rachid Boussen.
Le Tunisien eut un geste de la tête. Le sujet éveillait chez lui des sentiments contradictoires. Des champs où ne poussaient que des melons, devenus grâce à la France de véritables pépites dor. Mais la France avait fait de lui un colonisé. Sans doute le colonisé le plus riche du quartier. À combien toutefois peut-on chiffrer lestime de soi ?
Tout compte fait, je préfère les vendre à des Maltais, qui parlent presque tous arabe, qui vivent comme nous et que nous considérons un peu comme nos cousins. Et en plus, ils appellent leur dieu chrétien Allah.
Ce nest pas un exploit pour nous de parler arabe. Nos langues se ressemblent et nous sommes presque voisins.
Lazare pratiquait aussi le sicilien commun aux quartiers populaires. Le français lui posait par contre bien plus de problèmes. Cette langue simposait pourtant un peu plus chaque jour. Et la parler comme il se doit vous distinguait son homme. Aussi, comme bien des membres de la communauté, Lazare avait décidé denvoyer ses enfants à lécole des Français.
Alors, à combien tu me le fais ce bout de terrain ? demanda-t-il.
Rachid Boussen annonça un prix.
Al Madona ! sécria Caruana en levant les bras au ciel. Encore heureux que tu me considères comme ton cousin, sinon, tu me prendrais même mon pantalon.
Le Tunisien eut un sourire. On disait des Maltais quils avaient hérité du sens des affaires des Phéniciens, le premier envahisseur de lîle, et celui qui avait sans doute forgé la mentalité de ses habitants.
Deux heures de négociation à la mode orientale, sourire aux lèvres, sans jamais quitter sa bonne humeur. Retrouvant son araba, Lazare Caruana avait acquis quatre ares de terrain, situés sur la place de Bab el-Khadra, avec une vue imprenable sur le cimetière musulman. Il venait de pénétrer dans le monde très fermé des capitalistes. Ne lui restait plus quà devenir colonialiste.
Tunis 1921.
Le Français est un être casanier, attaché au clocher de son village. La France enregistre dès lors un échec dans sa volonté de peupler son empire à partir déléments venus de la métropole.
En Tunisie, le péril italien continue à inquiéter le Ministre résident. La France manque de citoyens à opposer au groupe italo-sicilien. Quà cela ne tienne, elle va en rechercher dans le stock que la colonisation a mis à sa disposition.
Lazare Caruana sendormit au soir du 7 novembre 1921. Il portait en cet instant le titre peu glorieux délément anglo-maltais ; sous-produit de lEmpire britannique en dautres mots. Drôle dAnglais à vrai dire, bien incapable de dire bonjour et au revoir dans sa langue. Il séveilla au matin du 8 novembre. Le Bey venait de signer le décret quon lui présentait, attestant que tout Maltais né dans la Régence devenait français, avec, pour les jeunes, la possibilité de renoncer à cette disposition à leur majorité. Et le voici désormais citoyen de la grande puissance coloniale. Drôle de français en réalité, à peine capable de dire bonjour et au revoir dans sa langue.
Cinq mille six cents Maltais venaient ainsi de changer de nationalité sans que lon eût lidée de leur demander leur avis. Cétait toutefois sans compter sur la réaction de lAngleterre. Le consul de ce pays se découvrit une affection soudaine pour ces « sujets » dont on venait de le priver. Une tendresse où le sentiment anti-français joua sans doute un rôle essentiel. Laffaire fit grand bruit. Et la Cour de justice internationale eut à trancher le différend. La France fut ainsi condamnée à restituer ces naturalisés doffice à la Grande-Bretagne.
Caruana, après avoir goûté aux bienfaits du colonialisme, se retrouva à nouveau dans le camp des colonisés. LAngleterre eut alors la bonne idée de faire sien sept mille Allemands du Sud-Ouest africain. À chacun ses naturalisés doffice. Britanniques et Français finirent par sentendre sur ce point. Et Lazare, en balle de ping-pong, reprit sa place dans le camp tricolore.
Mais quel était donc létat desprit de ces Français de la statistique ? Question posée à Caruana, voilà ce quil serait sorti de son propos. Des remarques en maltais comme il se doit. Ce dernier nayant pas reçu, avec sa carte didentité toute neuve, le mode demploi complet de la langue de Molière.
Sans doute était-il fier dappartenir à présent à la communauté dominante. Et les perspectives dun avenir français lui paraissait une chance pour ses enfants. Il ne pouvait malgré tout se défendre contre un sentiment de frustration. On venait en effet de rompre les derniers liens qui le reliaient à lîle de ses ancêtres. Dautre part, il se méfiait un peu de ces Français, des hommes sans Dieu et des anticléricaux. « Attenter à la nationalité, cest attenter au christianisme », avait dit son curé. Et Caruana pensait quil devait avoir raison. Même si, en temps quItalien, il reconnaissait que le prêtre ne portait la France dans son cur.
M. Paul Cambon, Ministre résident, perçut le danger que représentait la propagande du clergé italien auprès de ses néo-naturalisés.
Le cardinal Lavigerie entra alors en fonction. Le Primat dAfrique apparaissait comme un grand ami de Malte. Un titre que lui avait valu son intervention sur lîle au cours dune épidémie de choléra.
Le nouveau clergé se considérait au service de la politique coloniale de sa patrie. Il était appelé à remplacer les prêtres italiens, invités à rentrer chez eux.
Et ce fut à des vicaires maltais, amis de la France, que lon confia lune des nouvelles paroisses, celle du Sacré Cur, située au centre du quartier maltais de Bab el-Khadra. Une église qui deviendrait celle de la communauté. La plus matinale de Tunis. Elle proposerait en effet une messe à cinq heures du matin. « La messe des cochers. » Un office que Lazare Caruana ne devait jamais manquer avant de commencer sa journée de travail.
Tunis 1948.
Jean Caruana navait jamais eu besoin de réveil-matin pour se lever. À quatre heures, déjà dans son écurie, il étrillait et nourrissait son compagnon de travail avant de bichonner sa calèche. Puis, sans éveiller sa femme et ses gosses qui dormaient dans les trois pièces situées au-dessus de lécurie, il déjeunait dun bol de café noir, dun oignon cru et de quelques sardines.
Le temps découter la messe des cochers, Jean venait prendre place dans la file des karrozzins qui attendaient leurs premiers clients devant le café Borg.
Ce matin-là, Jean Caruana connaissait une anxiété peu courante chez les Maltais ; des êtres placides et un brin fatalistes.
Alfred Sammut, son ami de toujours, buvait un verre de café au lait quand il entra dans le bar.
Il est reçu, lui annonça celui-ci dans un sourire en lui tendant la Dépêche Tunisienne. Regarde, cest là !
Jean lisait le français en déchiffrant chaque syllabe. « Robert Caruana », ânonna-t-il. Pas de doute. Son aîné était admis en sixième au lycée Carnot.
Celui-là, il ne fera pas le cocher. Je peux déjà le prédire, affirma-t-il ensuite du haut de son orgueil.
Le destin de son aîné le conduirait un jour à travailler dans un bureau ou dans une banque. Et si la chance voulait bien lui sourire, peut-être deviendrait-il fonctionnaire chez les Français, avec une villa à Mutuelleville et des costumes de mariage pour toute la semaine.
Tunis 1956.
La pièce est jouée. Le rideau tombe sur les cris de joie des vainqueurs et le désespoir des cocus de la farce. Les grands décident du destin des nations. Le petit peuple est invité à payer laddition.
« Les colonialistes à la mer ! » hurlent Mohamed et Ali sous les fenêtres de leurs voisins : David, Salvatore et Carmelo. Robert Caruana voudrait leur répondre, leur rappeler quils sont cousins, presque frères. Mais dans quelle langue le leur dire ? Oubliés larabe, litalien, le maltais, il na plus que le français et des rudiments danglais pour sexprimer. Alors il se tait. Quil le veuille ou non, il est français. Et dailleurs il le veut. Il le revendique même. Il est français de Tunisie, dorigine maltaise. Et croit pouvoir le rester, ne voulant rien rejeter de cette chakchouka dinfluences qui compose son identité.
Robert Caruana bâtira sa vie ici, sous les lois tunisiennes. Les Maltais en ont vu dautres tout au long de lHistoire.
Tunis -Marseille 1961.
Jean Caruana a décidé de jeter léponge. Voilà des mois que ses journées de travail ne lui permettent plus de payer lavoine de ses chevaux. Et la Mairie de Tunis vient de rejeter sa demande. Habib Bourguiba lui refuse de trahir le métier de son père en conduisant un taxi.
La misère, à nouveau, pousse les Caruana à lexil. Jean rêve un instant de retrouver lîle de ses ancêtres. Robert, son aîné, ne partage pas cet avis. Seul un départ sur les terres de France leur offrira un avenir porteur de promesses. Un départ et une découverte à la fois. Pour les Caruana de cette branche, à limage de bien des familles de ces néo-Français, la Mère Patrie reste un concept flou, peuplé de quelques images de cartes postales.
La Tunisie leur montre la sortie. Malte leur ferme ses ports. Ces enfants perdus, que lHistoire a malmenés, nont plus de place sur une île surpeuplée.
Marseille leur ferait oublier Tunis tant elle ressemble à Tunis. Afin de les protéger de loubli, les mêmes cris les accueillent. Colonialistes là-bas, colonialistes ici ; le dépaysement nest pas pour demain.
Drôles d « exploiteurs dArabes » en réalité. Les Caruana semblent experts dans lart de camoufler le trésor que leur a valu la sueur des burnous. Un deux pièces sous les toits, suintant dhumidité, glacial les jours de mistral, four à pain aux premiers rayons de soleil. Jean, garçon décurie à lhippodrome du Pont de Vivaux. La mère, employée par quelques familles de la rue Saint-Férreol, retrouvait ainsi, dans le rôle de fatma, toutes les humiliations infligées aux femmes de ménage quelle navait jamais pu se payer. Robert, de son côté, avait gagné ses galons de plongeur en eau de vaisselle. Certains restaurateurs dAix-en-Provence se souviennent encore de lui. Un banquet, un mariage, létudiant en lettres ne refusait jamais les quelques billets que rapportait une nuit dassiettes sales et de fourneaux encrassés.
Aix-en-Provence 1962.
Laffaire algérienne secoue la France. Deux camps hostiles se font face, prêts à laffrontement. M. Ménard, prof de lettres modernes à la fac dAix-en-Provence, figure parmi les héros de la cause des opprimés. Non pas que sa bravoure le conduise à sortir sa pétaudière dans lintention de sopposer à lOAS les armes à la main. Son courage semble vouloir sexprimer par ailleurs. Cest ainsi, dans un propos mal assorti, que Robert Caruana sentend à nouveau traité de sale colonialiste.
40 ans plus tard.
Les décennies ont refermé les cicatrices, ouvrant ainsi la voie aux souvenirs heureux. Le filtre du temps a libéré lHistoire de ses passions. La Tunisie porte désormais un regard ému sur ses communautés dont elle reconnaît lamour sans calcul quelles lui ont porté. Malte retrouve ses fils éparpillés, auxquels elle offre à présent ses plus beaux sourires dans son désir de les voir accourir, les poches pleines de devises.
Et Robert Caruana a ainsi reconstitué son triptyque : Malte, la Tunisie, la France dans une même phrase et dans bien des livres. Limpérialiste déchu sest en effet découvert une vocation dans le métier décrivain.
La page est tournée. Les exploiteurs de burnous sont passés de mode. La vindicte, inspirée par un racisme bien ordinaire, se porte dorénavant sur les porteurs de burnous, avant de choisir dautres cibles.
Seul le souvenir de M. Ménard reste en lui comme une tache indélébile. Non pas que son insulte lait marqué plus quune autre. Son « sale colonialiste » tombait toutefois comme un cheveu sur la soupe.
« Hors sujet. Mal à propos, monsieur Ménard ! » Et cette atteinte à la langue française, Robert Caruana ne pourra jamais vous la pardonner.
Les autres romans de Claude RIZZO, disponibles en librairie :
Au temps du jasmin Editions Michel Lafon.
Le Maltais de Bab el-Khadra Editions Michel Lafon.
Je croyais que tout était fini Editions Michel Lafon.
La secte Edition Lucien Souny.
Le sentier des aubépines Editions Lucien Souny.
Île de Malte 1843.
Paul Caruana regardait la lettre posée sur la table. Voilà plus dune demi-heure quelle était devant lui sans quil se décidât à louvrir.
Tu vas ladmirer comme ça jusquà ce soir ? lui demanda sa mère.
Quest-ce tu veux que je fasse ?
En plus de ne pas savoir lire, Paul navait jamais reçu de lettres jusquà ce jour.
Va voir notre curé. Lui te la lira.
Caruana eut un geste de la tête. Comment oser rendre visite au prêtre alors quil ne mettait plus les pieds à léglise depuis des mois ?
1962.1963, classe de cm2
Photo envoyée par Slim SLAMA
1963 – LE SATISFECTIT DE P@TRICIA EN 10ème…

« PARFOIS » J’ETAIS SAGE!!!…En 10ème, année scolaire 1962/1963, j’ai eu un SATISFECIT!!! je viens de le retrouver, le voilà.
Bises à toutes et à tous!
P@tricia TOUBIANA-TOURAINELA PREUVE QUE JE TRAVAILLAIS BIEN ET QUE
1962-1963, classe de 11ème
Photo de Vincent ADAMO
Voici La classe de 11eme ou de 10eme???Je suis en bas aSsis le 3eme en partant de la gauche.Si certains se reconnaissent répondez moi.vincentrital@hotmail.fr
1962-1963 ou autres années
Photo envoyée par Bernard GOUIRAND
(pour le joindre, si vous vous reconnaissez : bernardgouirand@hotmail.fr)
1961.1962 ou autres années ?
Photo envoyée par Bernard GOUIRAND
(pour le joindre, si vous vous reconnaissez : bernardgouirand@hotmail.fr)
1962.1963, classe de 6ème au lycée de Mutuelleville

Avec l’aide de Vincente MARTOGLIO et de Joëlle PARIENTE, j’ai remis des noms sur les visages de cette photo de classe.
Aujourd’hui, nous aimerions retrouver l’ensemble de la classe, si vous reconnaissez une des filles ou si vous avez des infos, n’hésitez pas à me les communiquer. Merci.
Lina (alct@free.fr)
du haut à gauche :
– Ghislaine COHEN – Lina HAYOUN ou Lucienne HAGEGE, Raymonde HAGEGE, Solange HASSID, Vincente MARTOGLIO (habite ROME) – Gloria… – Amel … – Claudine ATTOUN (habite TEL.AVIV)
au milieu à partir de la gauche :
xx – Joëlle PARIENTE – xx – …CASSUTO ? – .. TOMASINI – Margaret JOURNO : quelle fut ma joie quand je suis tombée sur cette photo!!! J’ai la même à la maison mais la voir sur Internet ça c’est génial!!!pour compléter la photo moi je m’appelais Margaret JOURNO et je me souviens de Paule COHEN.J’aimerais bien avoir les coordonnée de Peggy NACCACHE. Oh les bons souvenirs avec M. DUPUY!!!!) – Peggy NACCACHE – xxx -xxx – Nicole DEBACHE –
en bas à partir de la gauche :
xx -xx – Kate … – Paule COHEN -xxx – Gladys GABISON (elle habitait face au lycée) – xxx -xxx et notre prof d’anglais, M. DUPUY (lui fut ancien élève de Carnot et proviseur au lycée à la fin des années 80).
J’ai eu le plaisir de retrouver M. DUPUY et son épouse Clotilde à une manifestation de Carnot plus de 30 ans après, preuve en est la photo que j’ai prise à ce moment là.

LinaA l’époque, c’était l’annexe du lycée Carnot, une classe de filles dans un lycée mixte. Notre professeur principal était M. Robert DUPUY, notre prof d’anglais.
Festival d’Aix en Provence

Lassociation permet aux adhérents parisiens et provinciaux! – davoir une pré-location bien pratique pour le Festival et propose beaucoup dautres activités autour de lOpéra.
Information : info@amisdufestival-aix.orgElisabeth Rallo Ditche, professeur de Littérature Comparée – Université de Provence (Hypokhâgne LC 1962) vous informe de l’existence de l’association des « Amis du Festival dAix-en-Provence », qu’elle préside.
Paul SEBAG
(en 1956, professeur de français au lycée Carnot)
In Memoriam
Paul SEBAG
26 septembre 1919 – 5 septembre 2004
Décédé à lâge de 85 ans à Paris où il a passé une seconde moitié de vie très féconde sur le plan de la production scientifique (1), Paul Sebag laisse une uvre riche et variée : une vingtaine de livres et une trentaine darticles académiques.
Cest dans la revue Ibla quil publie, en 2004, son dernier article consacré aux origines de lOrient romanesque, de même quil a abordé auparavant, au sein du même périodique, dautres sujets relatifs à lhistoire de la Régence de Tunis (voir infra, la liste détaillée de ses publications).
Originaire de Tunis où il est né deux ans après la fin de la première guerre mondiale, P. Sebag qui a commencé sa carrière professionnelle en tant que professeur de philosophie au Lycée Carnot publie, en 1951, son essai de monographie de la Tunisie (2). Ce livre est vite devenu une référence en raison de sa précision analytique et de son approche globale, embrassant aussi bien les conditions naturelles que les grands évènements historiques, lassise économique, lenseignement, la culture ainsi que la structure politique.
Ce qui frappe le plus dans cet ouvrage de synthèse, cest labondance de la documentation, la rigueur de largumentation matérialiste ainsi que la distanciation qui nexclut point lengagement – exprimé dans le dernier paragraphe du livre – pour la lutte de libération du peuple tunisien.
Cette position nest point étrange au jeune Sebag qui adhère, malgré ses origines bourgeoises (3), au parti communiste tunisien (PCT), dès 1936. Lors de loccupation allemande de la Tunisie, il est arrêté, torturé et condamné (4) aux travaux forcés à perpétuité avant dêtre libéré. Il consigne alors ses souvenirs mais ne les publie, documents à lappui, que soixante ans plus tard, dans un opuscule consacré à cette tranche militante de sa vie de jeunesse.
Lintérêt dun tel écrit consiste évidemment dans le témoignage de lacteur et dans la critique des historiens du parti communiste tunisien qui ne pouvaient cerner cette période, vu le manque darchives, de journaux et dentretiens avec les témoins de lépoque. Même sil sagit dun récit à la première personne, lauteur réussit le pari de rapporter les faits dune manière objective. Ce nest donc pas un ouvrage de partisan mais plutôt, selon les dires de lauteur, un « devoir de mémoire » entrepris avec le recul du temps.
Ayant cessé dêtre membre du PCT et ayant pris ses distances avec le mouvement communiste international sans toutefois se renier (« ne pas rougir davoir alors partagé cette illusion » écrit-il), il consacre sa vie ultérieure à la recherche et au savoir et simpose, dans le champ académique, par son esprit de méthode et par sa vaste érudition.
Ses premiers pas de chercheur, il les accomplit en tant que chargé de recherches à lInstitut des Hautes Etudes, dans le Centre dEtudes de Sciences Humaines dirigé par G. Granai ; puis à lUniversité de Tunis, au sein de la Faculté des Lettres et des Sciences Humaines. Cest dans cette « Faculté du 9 avril » quil enseigne pendant de longues années et forme des « générations » de sociologues tunisiens. Il y fonde et dirige, en tant que rédacteur en chef, Les Cahiers de Tunisie, où il contribue par de nombreux articles et notes de lectures.
En 1977, il quitte « à contre-cur », semble t-il, la Tunisie pour aller enseigner, en tant que maître-assistant, à luniversité de Lille. Son pays natal restera toutefois son objet détude, le ferment de sa production intellectuelle à venir et, depuis sa jeunesse militante, son port dattache affectif (5).
Par la suite, le long de sa « retraite » qui commence autour de 1990 et où il est nommé « maître assistant honoraire » – cest sous ce titre quil publie son article dans louvrage portant sur les itinéraires de France en Tunisie, édité par la Bibliothèque municipale de Marseille -, il se consacre entièrement à létablissement de textes et à la publication de livres, pour la quasi-totalité, édités chez LHarmattan, dans la collection « Histoire et Perspectives Méditerranéennes » dirigée par J-P. Chagnollaud.
Unité et diversité de loeuvre
La question qui mérite réflexion aujourdhui, après le décès de Paul Sebag, ce pionnier de la sociologie tunisienne (6) qui a beaucoup enrichi le champ des études historiques, est la suivante : comment lire luvre du « maître » et découvrir la problématique qui la fondée durant toute une vie dhomme dédiée à la recherche ?
Il me semble personnellement que luvre de Paul Sebag est traversée par trois moments de connaissance correspondant à trois champs de recherche qui sont tour à tour : lurbain, les relations de voyage et lhistoire des juifs tunisiens. Ces trois moments sont à la fois successifs et simultanés dans litinéraire du sociologue et historien de la Tunisie.
Quant à la problématique, sous-jacente et jamais exprimée par lauteur en raison de sa modestie et de sa méfiance envers toute théorisation, elle réside dans le souci détudier, par le menu détail ethnographique et par le biais dun regard sociologique et historique, comment un « indigène » – quil soit musulman ou israélite comme lui – rencontre et vit le choc de la modernité induit par la colonisation au XIXe siècle et annoncé par les Temps nouveaux à partir du XVIe siècle.
Cest donc lidée du choc entre « le pot de fer » et « le pot de terre » qui structure les principaux écrits de Paul Sebag. Plus concrètement, le maître-sociologue était habité, dans le sens plein du terme, par le phénomène socio-historique de la sortie du juif du quartier de la Hara et de la sortie du musulman de la Houma avec toutes les conséquences de cette transplantation spatiale et sociale qui se traduit par des mutations dans les murs, les comportements individuels et collectifs, les apparences et les médiations symboliques (vêtements, langues, dialectes et autres manières dêtre et de faire).
Rien ne traduit mieux cette problématique inscrite dans le vécu des acteurs de lépoque que la préface quil rédige pour le livre illustré de lartiste-peintre Zoubeir Turki, dans laquelle Sebag inaugure le propos en notant que :
« Tunis change. On abat ses murs denceinte, hérités de siècles lointains, on rase ses quartiers de masures insalubres, on transforme en jardins publics ses vieux cimetières, peuplés de morts quon ne pleurait plus. Mais la fièvre moderniste, qui bouleverse le corps de la cité, en affecte lâme, aussi profondément. Irrévérencieusement, on passe au crible les us et coutumes des ancêtres pour faire le départ entre le respectable et le périmé et, sous les coups de la nouvelle génération, sécroulent chaque jour de larges pans de tradition. Que restera-t-il dans quelques années de cette manière de vivre à laquelle les Tunisois étaient restés jusquici fidèles ? Comment le dire ? On sait seulement quune accumulation de mutations inévitables finira par donner à la vie quotidienne un autre visage. »
Le déchiffrement de cet « autre visage » ou de cet « autre monde » est mené dans une perspective de la « longue durée », pour reprendre une notion chère à F. Braudel, lauteur du célèbre ouvrage portant sur La Méditerranée et le monde méditerranéen à lépoque de Philippe II, auquel Sebag réfère (« Une lecture dOthello », p. 42, note 13), tout en gardant une veine historique classique. La raison est certes liée au fait quil se pensait « sociologue de discipline et historien par goût » (Ibid., p. 33) mais aussi parce quil était, selon la pertinente formule orale du géographe Habib Attia, un véritable « chartiste » animé dun esprit de précision et de connaissance savante.
Luvre de Sebag est basée à la fois sur une documentation fouillée et un sens critique de linvestigation scientifique de lécrit. Le recueil des articles de lhistorien Pierre Grandchamp et létablissement des textes des voyageurs comme ceux de Bartholomeo Ruffino (7) ou de Nicolas Béranger témoignent dun esprit de rigueur souvent associé à une méthode historique basée sur la contre-enquête. En effet, dans ses travaux, Sebag commence presque toujours par citer et critiquer les thèses des auteurs qui lont précédés et qui se sont contentés de reprendre des interprétations antérieures voire des idées reçues et dont les contributions ont été parfois accueillies dans des ouvrages de référence comme les dictionnaires. Tel a été le cas de « Mille et Un jours » attribué à A. R. Lesage alors quil est, comme sest appliqué à le montrer Sebag, luvre de lorientaliste et écrivain Pétis de La Croix. A propos de ce dernier, Sebag rédige, à la fin des années 1970, une note de mise au point pour dissiper la confusion due à une homonymie, entre le dit orientaliste et un autre du nom du Sieur de la Croix.
Pour les mêmes raisons, Sebag sintéressait aux manuscrits et aux ouvrages inconnus quil recherchait chez les bouquinistes et à la bibliothèque nationale de Paris. Cest ainsi quil découvrit la chronique inachevée et posthume de lambassadeur français auprès de la Sublime Porte, G. De Guilleragues, portant sur les beys mouradites, dautant plus quelle ne figurait pas dans les bibliographies historiques de la Tunisie proposées par Charles-André Julien dans son « Histoire de lAfrique du Nord » ou par Jean Pignon dans sa contribution au livre collectif intitulé « Initiation à la Tunisie ». Vu la rareté de louvrage de Garrigues, Sebag sest décidé à le transcrire intégralement de sa plume, en sefforçant didentifier les noms des lieux et des personnes et à dater exactement les événements de cette précieuse chronique ayant à la fois une valeur documentaire et littéraire.
Sebag avait une veine décrivain quexprime à merveille son article succulent sur Othello ainsi que lensemble de ses présentations et notes de commentaire consacrées aux récits des voyageurs. Il avait également une vocation de collectionneur comme en témoignent les cartes, estampes et autres précieuses illustrations de ses livres (Cf. en particulier, Tunis. Histoire dune ville ; Histoire des Juifs de Tunisie ; Tunis au XVIIe siècle…). Cette quête dune documentation visuelle témoigne dun souci de pédagogue qui montre et illustre pour mieux expliquer son propos ainsi que dune empathie avec lobjet et les acteurs de lhistoire des deux côtés de la Méditerranée.
La ville et lurbain
Dans litinéraire de recherche de Sebag, on décèlera un premier moment qui démarre avec une série denquêtes sur la ville et lurbain, initiés au lendemain de lindépendance de la Tunisie (1956). Déjà, à la veille de cette date historique, lintérêt du sociologue soriente vers létude de la condition des salariés de la région de Tunis (1955), sur la base dun sondage empirique par questionnaire destiné à évaluer les ressources, la structure des budgets, les dépenses consacrées à lhabitat, à lalimentation, à lhabillement, à la santé, à la culture et aux loisirs. La synthèse des résultats est illustrée par un éventail de conditions économiques et sociales allant, chez les Tunisiens musulmans, de laisance relative (9,3%) à la détresse (24,6%), en passant par la gêne (16,9%), la précarité (20%) et la misère (29,2%).
Létude de la condition ouvrière est relayée, quelques années plus tard, par lenquête sur les milieux sociaux et les « attitudes à légard de la vie » – terme qui recouvre ce quon désignera, peu de temps après, par le « planning familial » – qui permet justement de sonder les attitudes natalistes et de découvrir que les trois quarts des familles qui ont 3 enfants auraient été réceptives à la contraception. Cest là une découverte de taille dans la mesure où le programme de la planification familiale allait être lancé et connaître une destinée qui transformera, comme on le sait aujourdhui, la pyramide des âges et le modèle de la famille ainsi que le statut de la femme tunisienne.
En relation avec ces premières études sociologiques de type empirique, cest la consommation des ménages, lindustrialisation du Grand Tunis et surtout lextension des faubourgs de Borgel (1958), Sidi Fathallah (1960) et Saïda Manoubia (1960) qui sont lobjet dinvestigations minutieuses. « Saïda » étant lun des plus étendus des nouveaux faubourgs tunisois – le troisième en ordre de grandeur après Jebel Lahmar et Mellassine -, Sebag lui consacre un livre en entier qui résulte dune enquête sociale approfondie doublée dune enquête nutritionnelle et médicale entreprise par les Dr Ben Salem, Dr Claudian et Melle Taïeb.
Lenquête sociale se donne pour finalité la maîtrise des facteurs de la croissance et de la pauvreté urbaines par les pouvoirs publics. Elle permet également danalyser les origines et les structures de la population du faubourg. Aussi, met-elle en valeur limportance de la famille conjugale à laquelle sajoute souvent un membre très proche (père, mère, frère ou sur de lépoux ou de lépouse), sans que la famille indivise disparaisse. De même, elle attire lattention sur le début de la prévalence du mariage exogame (53,4%), en dépit de la persistance du mariage dans la tribu ou dans la famille (26,6%).
Les enquêtes menées par Sebag dans les nouveaux faubourgs mettent en lumière les facteurs et les modalités de la croissance urbaine. À cette époque, la ville de Tunis connaît une augmentation considérable de sa population qui a presque doublé en vingt ans puisquelle est passée de 220 000 en 1936 à 410 000 en 1956. Cette croissance vertigineuse nétait pas due seulement au facteur démographique mais résultait de lafflux vers Tunis de masses rurales chassées des campagnes par la misère. Ces nouveaux venus ont surpeuplé non seulement la Médina et ses anciens faubourgs (Bab Souika et Bab Jédid) mais également les nouveaux quartiers qui se sont constitués autour de la ville. Ces quartiers pauvres formaient la ceinture « rouge » de Tunis et abritaient des logements rudimentaires appelés « gourbis » qui coexistaient avec quelques maisons en dur fort humbles. Cest là, dans les nouveaux faubourgs, que se jouaient effectivement les transformations de la condition ouvrière et de la morphologie urbaine.
Adoptant une méthodologie serrée, combinant plusieurs techniques denquête, le sociologue Sebag – formé sur le terrain – étudie avec une grande précision, les formes de lhabitat, les origines et les structures de la population, les niveaux de vie en relation avec le travail et lemploi, la vie familiale et la différenciation sociale ainsi que lintégration à la vie citadine de ces masses dorigine rurale. Tout est passé au peigne fin et tous les types de documents analytiques (tableaux statistiques, cartes, plans, vues aériennes, archives de la police, questionnaires, interviews, observations) sont savamment utilisés.
Par là, Sebag fonde la sociologie tunisienne de la ville et de lespace urbain quil ne cessera de développer le long de sa carrière de recherche, notamment avec sa magistrale monographie de La Hara (1959), sa remarquable investigation de La Grande mosquée de Kairouan (1963) et sa monumentale Histoire de la ville de Tunis (1998). Ce dernier ouvrage, composé de près de 700 pages était, à létat de manuscrit, destiné dès le début des années 1970 à être une thèse de doctorat dEtat en géographie quil na jamais, en chercheur très exigeant, voulue soutenir mais quil a enfin publiée, en la transformant en une histoire urbaine avec une structure différente. Il sagit dun travail colossal qui a nécessité pas moins dun demi-siècle de collecte de documents, de mise à jour à la lumière des travaux les plus récents, de réflexion et de rédaction. Il a été enfin édité à la satisfaction de nombreux chercheurs, enseignants, praticiens, décideurs et habitants de Tunis qui attendaient de le lire et de mieux se connaître. Depuis sa parution, cest une référence incontournable pour tous ceux qui sintéressent à la ville de Tunis et aux cités de la Méditerranée. Le lecteur est guidé pas à pas grâce à une grille de lecture simple où, pour chaque période historique, depuis la fondation de Tunis dans le Haut Moyen Age jusquau milieu des années 1970, lauteur établit une radioscopie basée sur la trilogie de la population, de la morphologie et des activités urbaines.
En réalité, lintérêt pour lurbain découle dune vocation de géographe son véritable métier, sil fallait en avoir un et un seul – toujours attentif aux conditions naturelles et climatiques ainsi quaux facteurs humains, tout en ayant une curiosité et une capacité de lecture des plans, cartes, estampes et autres photographies de lagglomération urbaine étudiée. Cest là une démarche originale qui lie lhistoire sociale à létude de lespace urbain, investi et reconstruit.
Récits de voyage
Parallèlement à la ville et à lurbain, P. Sebag accorde une attention particulière aux récits des voyageurs ayant visité Tunis, du XVIIe au XIXe siècle. Cest là le second moment et champ de recherche révélant en lui lhistorien qui fréquente, « par goût » plus que « par métier », les textes et les manuscrits. Cette vocation et passion pour les textes anciens commence avec la découverte inopinée, dans la boîte dun bouquiniste, sur les quais de la Seine, de lopuscule de Davis Nathan consacré à Tunis. Chapelain anglican dont Flaubert fut, lors de son voyage, lhôte dans sa maison de la Marsa, Davis publia en 1841 une brève esquisse de létat du Royaume au temps dAhmed Bey (1837-1855). Jugeant les pages consacrées à la ville de Tunis essentielles et dautant plus intéressantes quelles étaient introuvables dans la Bibliothèque du Souk el-Attarine, Sebag les traduit et les publie en 1958, en les accompagnant de notes pour éclairer des pans entiers de lhistoire et de la vie quotidienne de ses habitants.
À la description des rues, des immeubles et des mosquées sajoute une ethnographie vivante des murs, des croyances et des pratiques superstitieuses des différentes communautés (musulmane, israélite et chrétienne catholique, orthodoxe et protestante).
Une année plus tard, en 1959, Sebag renoue avec ce genre littéraire, en présentant un tableau descriptif des Juifs de Tunisie, daprès le voyageur juif roumain Benjamin II. Cest, encore une fois, de la langue anglaise quil traduit un chapitre de ce livre qui lui a été signalé par son ami Robert Attal et qui porte sur Tunis. Publié en 1859, le récit de Benjamin II était resté inconnu de tous ceux qui avaient étudié la Tunisie du XIXe siècle. La valeur de ce récit de voyage provient aussi, comme le signale demblée Sebag, de la capacité du voyageur-écrivain à pénétrer dans les communautés juives de Tunis, en alliant sympathie et objectivité pour lobjet étudié. Une telle compétence lui permet de brosser un tableau moral de cette minorité religieuse et de fournir de précieuses informations sur la place des juifs dans les activités économiques, y compris lagriculture puisque des fellahs juifs exerçaient à Jerba, à Gabès, dans le Jérid et à Nabeul. Ces chefs-lieux sont décrits minutieusement de même que des villes comme Tunis, Sousse, El-Jem, Bizerte, sont également lobjet de notes qui sattardent sur les Juifs ainsi que sur les comportements et les croyances magiques des femmes.
Plus tard, au cours des années 1980, Sebag continue de rendre compte dautres récits de voyageurs ayant visité la régence de Tunis au XVIIe sècle, à linstar de lescale faite par Jean Thévenot, de la négociation de Laurent dArvieux et de la mission du Père de la Motte. Nous savons que le XVIIe siècle constitue une période à la fois cruciale et inconnue de lhistoire de la Tunisie. Cest pour cette raison que Sebag sy intéresse et lui consacre un de ses meilleurs ouvrages, publié en 1989, où il met en uvre les sources les plus variées pour offrir un tableau des plus complets de Tunis, cette « cité barbaresque au temps de la course ». Tout y est décrit : le pouvoir dynastique et ses puissances, les quartiers et la population, la course, lesclavage, les activités économiques, les commodités civiles de la maison et de la cité, la religion, les lettres et les arts. Grâce à ce livre dhistoire urbaine (8), le lecteur se promène dans le Tunis du XVIIe siècle comme sil y vivait. Paul Sebag se révèle ainsi un véritable cinéaste de lécriture historique. Tout en étant didactique et très simple, celle-ci demeure érudite et passionnante. Nous touchons là au style même de notre sociologue et historien marqué par un mariage heureux, au niveau de la méthode, entre connaissance approfondie, synthèse et vulgarisation.
Il importe dajouter, au niveau de ce second champ de recherche, que la passion pour les relations de voyage sest accompagnée dun intérêt pour les chroniques comme celle, inachevée et posthume, de Guilleragues ainsi que celle de Béranger qui ont, toutes les deux, constitué des sources dinformation fort utiles pour les chercheurs et historiens de la Tunisie.
Histoire des Juifs
Enfin, le troisième champ de recherche qui recoupe en chevauchant les deux champs de recherches précédents est celui relatif à lhistoire des Juifs de Tunisie. Ce moment de la connaissance, dinspiration identitaire inavouée, est de facture documentaire indéniable. Il a été, pour Sebag, loccasion de simposer comme une « autorité incontestée de lhistoire du judaïsme tunisien ».
En réalité, lintérêt pour lhistoire des Juifs tunisiens na pas du tout été tardif puisquil remonte à lenquête sur la Hara de Tunis effectuée entre juillet 1956 et mars 1957. En choisissant danalyser lévolution de ce quartier juif situé au cur du « vieux Tunis », Sebag sest attelé à en retracer lhistorique et à décrire sa population ainsi que les niveaux de vie et la configuration de la religion et des croyances de la communauté qui y réside.
Parmi les apports de Sebag dans cette étude élaborée au moment où sest posée, avec la construction du nouvel Etat tunisien, la question de lidentité nationale (exclusive), il y a dabord laspect de la composition de la population de ce quartier pauvre qui sest avérée ne pas être exclusivement juive puisque les israélites tunisiens ne constituaient que 70,52% alors que les musulmans tunisiens étaient de lordre de 7,78% ; le reste étant formé de français (12,41%), détrangers européens (7,78%) et autres.
En plus, la distribution dans lespace permet de montrer, carte à lappui, que la présence des israélites varie entre 0% et 75% au sein de telle ou telle partie de la Hara. Enfin, si les Juifs jouaient dans lentre-deux-guerres un rôle politique, lindépendance nationale les avait contraint à jouer uniquement un rôle religieux et social. À ce titre, Sebag ne manqua pas dattirer lattention sur lisolement de la population juive qui se trouvait brusquement séparée du reste de la Nation et cest pour cela quil recommanda la création dun Consistoire juif formule laïque, doit-on préciser – destiné à représenter et à intégrer la communauté.
Lors dun colloque organisé, en 1967, par le Centre dEtudes Economiques et Sociales (CERES), sur les mutations de la famille tunisienne, le directeur et sociologue Abdelwahab Bouhdiba demanda à Paul Sebag de brosser un tableau de la famille israélite au XXe siècle. Il en est ressorti un article fort intéressant sur les traits de la famille juive traditionnelle et sur ses transformations structurelles.
Qualifiée par Jacques Berque d « étude dethnologie historique », la contribution de Sebag permit de mettre en relief les similitudes et les différences existant entre la famille israélite et la famille musulmane en Tunisie. La famille juive sest profondément transformée avec le passage de la famille traditionnelle à la famille conjugale et il sest effectué un nouveau partage des rôles des sexes dans lorganisation domestique grâce, note Sebag, à la scolarisation dans les écoles françaises et à lacceptation de l« acculturation » par la majorité. Cette « acculturation » consistait en lintroduction dune « langue de culture » avec toute les valeurs quelle véhiculait. Du coup, « la mutation culturelle a facilité la promotion économique et sociale de la minorité juive. Dès quelle a eu les moyens, elle a quitté les ghettos où elle avait jusque-là vécu groupée pour sinstaller dans les villes neuves et se mêler aux colonies européennes. De celles-ci, elle a subi dautant plus linfluence quelle parlait le français et avait accédé à une culture moderne, fût-elle élémentaire ».
Il est à signaler quil nen a pas été de même pour les tunisiens de confession musulmane qui ont été scolarisés notamment dans les écoles franco-arabes, avec une très grande majorité masculine, tout en se réfugiant pour la plupart dans les traditions pour pouvoir résister à la colonisation. Cest là un des éléments cruciaux de la différence entre une minorité et une majorité de population dans une situation de domination économique, politique et culturelle.
Etudiant en sociologue les transformations des deux communautés, Sebag les compare alors à une sorte de bombe qui, pour la famille israélite, a explosé dès les premiers jours – le XIXe siècle, pour être précis – alors que, pour la famille musulmane, elle a été « une bombe à retardement ».
Au début des années 1990, Sebag réunit lessentiel de ses connaissances historiques et ethnographiques sur les Juifs de Tunisie et les publie dans un livre riche et documenté qui brosse un tableau complet de la communauté, des origines à nos jours. Les aspects démographiques, économiques, sociaux, culturels et politiques sont traités dans une double approche historique et sociologique. Lon y apprend beaucoup sur la formation et lévolution de cette minorité à travers les siècles. Sa structuration en deux communautés imbriquées et séparées la mauresque (twânsa) et la livournaise (grâna) au lendemain de la conquête ottomane est analysée de lintérieur mais avec distanciation, de même que sont précisés les tournants historiques, les institutions ainsi que les langues et les écritures, les murs et les coutumes, les vêtements et les parures.
Au delà de lanalyse, à la fois globale et précise, ce livre de référence apporte également des éclairages importants sur deux phénomènes qui ont bouleversé la structure de lantique communauté juive de Tunisie lors de la période contemporaine : loccidentalisation durant le protectorat français et le départ massif vers la France et Israël au lendemain de lindépendance nationale.
Au soir de sa vie, en 2002, Sebag ajoute à ce tableau historique une étude sur les noms des Juifs de Tunis où il étudie leurs origines et leurs significations. Comme à laccoutumée, il signale les études précédentes qui ont traité du même objet, telle que celle de M. Eisenbeth (1936), en relevant les lacunes et les limites de cette contribution (9).
En conclusion de cette note dhommage au disparu, nous retiendrons que luvre de Paul Sebag sorganise autour de trois grands champs de recherche à partir du croisement de deux approches complémentaires, la sociologique et lhistorique, dans un pays précis, la Tunisie, dont il a su démontrer la complexité humaine et la dynamique sociale.
Sociologue et historien, Paul Sebag a également développé une curiosité pour dautres thèmes auxiliaires tels que les expéditions maritimes arabes, lhôpital des Trinitaires espagnols, les monnaies, la course « barbaresque », voire les contes arabes et persans. Cest dire la diversité et la grande variété de sa carrière de chercheur reconnu, bien quisolé. Aussi, les nombreux travaux de Sebag pourraient-ils donner limpression dêtre des lambeaux dun savoir éclaté alors quils sont en réalité unis par une problématique commune élaborée autour de lidée du choc de la modernité mais également de la singularité historique de la Tunisie. Dans un livre illustré sur la Tunisie (1961), Sebag écrit à ce titre : « Nous sommes sensibles à ce que chaque nation possède en propre; nous croyons reconnaître dans la personnalité tunisienne luvre dune destinée singulière, de Carthage à demain. ».
Cette même singularité a été analysée et mise en valeur par lEcole historique française de Tunisie une véritable communauté scientifique locale – dont les illustres représentants étaient Charles Monchicourt, Pierre Grandchamp, Jean Pignon, Marcel Gandolphe, Jean Ganiage, Charles Saumagne, André Martel et lottomaniste R. Mantran
que Sebag a eu la fortune davoir pour « éclaireurs » et « compagnons de route ».
Il est à ajouter, enfin, que si les trois champs de recherche de Sebag (la ville, les récits de voyage et les Juifs de Tunisie) se sont succédés et parfois chevauchés le long de sa carrière, ce sont ses travaux sur la ville de Tunis qui ont été au cur de ses investigations et de sa production scientifique.
Deux références, brèves mais consistantes, pourraient servir à illustrer cette orientation urbanistique éminemment féconde : un ancien article sur la ville européenne à Tunis au XVIe siècle et une récente notice de synthèse sur lhistoire urbaine de Tunis.
Dans larticle sur la ville européenne, Sebag apporte du nouveau sur la topographie de Tunis au XVIe siècle en reprenant, sur la base de documents inédits auxquels navait pas eu accès Ch. Monchicourt, la question de la localisation de la nova arx. Située entre les murs de la ville et le lac, cette nouvelle citadelle dont la construction commença en 1573 semble sêtre déployée sur lemplacement de la ville moderne de Tunis. Cette ville éphémère qui fut une première « ville européenne » dans le Tunis au XVIe siècle se serait située, selon lévaluation de Sebag, entre lactuelle avenue Mohamed V et la cathédrale de Tunis ; laquelle recouvrait le cimetière Saint-Antoine où se trouvait le lieu dit Bastion (bastioun).
Dans lentrée « Tunis » rédigée pour lEncyclopédie de lIslam (Nouvelle édition, tome X, 2002, pp. 676-688), Sebag prolonge et enrichit lapport du grand maître des études kairouanaises et tunisiennes quétait Ch. Monchicourt, rédacteur de la première notice sur Tunis (Encyclopédie de lIslam, 1934, Tome IV-I, pp. 881-888). Il approfondit les connaissances historiques en les réactualisant, étend lanalyse à la période de lentre-deux-guerres et aux lendemains de lindépendance nationale jusquaux tous récents développements et transformations de lespace urbain. Cest tout un mouvement dextension urbaine où « le centre-ville ne cesse de sannexer les zones voisines et sétend maintenant sur des terrains conquis sur le lac dont on a entrepris de reculer les rives ».
En fait, Paul Sebag reprend ici la note finale du livre monumental quil avait consacré à sa ville natale (10) et quil a eu lélégance et la modestie de conclure par cette invitation :
« La nouvelle Tunis appelle déjà un autre livre, mais il reviendra à dautres de lécrire. Nous ne tenterons pas de conduire plus loin cette histoire dune ville. »

(en 1994 au diner-débat de l’ALCT consacré à Paul Sebag, à l’occasion de la sortie de son livre « Tunis, histoire d’une ville » l’Harmattan. il est interrogé par Gérard Sebag (pas de parenté avec Paul), journaliste à France 2, Hélène Hayat secrétaire générale de l’ALCT).
Mohamed KERROU
Notes
(1) Je suis reconnaissant à Anne-Marie Planel, directeur adjoint de lInstitut de recherche sur le Maghreb contemporain (IRMC), qui a lu une première version de la présente note et a émis des observations critiques qui ont été, pour la plupart, intégrées. Mes remerciements vont également à Maître Lionel Lévy, ancien ami du disparu, qui a eu lamabilité de répondre, par écrit, aux questions que je lui ai adressées à propos de la vie et de litinéraire de Paul Sebag.
(2) « Ce travail nétait pas destiné par lui à la publication, mais layant occasionnellement montré à un universitaire français, celui-ci lui fit observer quil serait regrettable quune étude de cette qualité soit perdue pour le public et pour les chercheurs » (Témoignage de M° L. Lévy).
Mme Lilia Ben Salem a eu la courtoisie de me signaler que les Editions sociales (Paris) avaient lancé, à lépoque, une série douvrages sur le Maghreb et cest ainsi que la monographie de la Tunisie de P. Sebag a été suivie dun livre sur le Maroc (Ayache Germain, Le Maroc. Bilan dune colonisation. Préface de Jean Dresh, 1956) et dun livre sur lAlgérie (Lacoste Yves, Nouschi André ; Prenant André, L’Algérie. Passé et présent, 1960).
Ces trois livres ont été publiés au sein de la collection « La Culture et les Hommes ».
(3) « Le père de Paul, Victor Sebag qui était un avocat estimé, appartenait à une famille de la bourgeoisie juive tunisienne. Sa mère née Attal, également. Ils vivaient bien entendu dans la ville européenne, comme la bourgeoisie aisée. » (Témoignage de M° L. Lévy).
(4) « Une anecdote pour marquer le courage du jeune Paul Sebag devant le Tribunal militaire de Vichy. Son père ayant choisi comme avocat pour le défendre Me Tixier-Vignancourt, personnalité pétainiste alors en faveur à Tunis, ce dernier voulut mettre les faits reprochés sur le compte de la jeunesse et de la mauvaise influence subie. Paul Sebag déclara au Tribunal qu’il renonçait à se faire défendre par Me Tixier-Vignancourt et assumerait sa défense lui-même » (Témoignage de M° L. Lévy).
(5) « Paul Sebag aimait passionnément la Tunisie à laquelle il sidentifiait malgré sa culture franco-italienne. Ce sentiment était renforcé, je pense, par son sens de la justice qui lui faisait condamner le régime colonial, et sa sympathie pour le petit peuple, quil sagisse de celui de la Médina, de la Hara ou de la petite Sicile. » (Témoignage de M° L. Lévy).
(6) Cf. notre article « Hommage à Paul Sebag, le pionnier de la sociologie en Tunisie », Réalités, n° 979, du 30/9 au 6/10/2004, pp. 40-41.
(7) « Paul sest marié avec Diana Gallico, appartenant à la communauté des « Grana », fille dun avocat de Tunis (
). Paul était italophone dès lenfance (
). Il ma expliqué comment, par la suite, le français a substitué litalien sans quil oublie cette deuxième langue. Jai observé quil avait néanmoins des notions darabe et même davantage » (Témoignage de M° L. Lévy).
A ces trois langues, il convient dajouter la langue de Shakespeare que P. Sebag maîtrisait parfaitement, comme latteste sa traduction de certains passages dOthello et des récits de voyage de N. Davis et Benjamin II.
(8) Pour le compte rendu de ce livre, Cf. Boubakeur Sadok « Tunis au XVIIe siècle. Une cité barbaresque au temps de la course de Paul Sebag », Ibla, n° 167, 1991/1, pp. 117-123.
(9) Il est à signaler que le livre de Sebag sur les noms des Juifs tunisiens a été soumis à une recension critique dune vingtaine de pages, de la part de M° Lionel Lévy qui, tout en exprimant son respect et admiration pour la probité intellectuelle de Sebag, a contesté les origines portugaises, italiennes et maghrébines de certains noms (Cf. www. harissa. com).
(10) Après la sortie de son livre sur Tunis. Histoire dune ville (1998), Paul Sebag a été invité pour présenter, dans une librairie de la Marsa, son livre devant un public composé pour lessentiel de ses anciens amis, élèves, étudiants et également nombre de jeunes qui sont venus lécouter raconter lhistoire de leur ville.
Liste des publications de Paul Sebag
Livres
– La Tunisie. Essai de monographie, Paris, Editions Sociales, 1951.
– Enquête sur les salariés de la région de Tunis (en collaboration avec T. Benzina-Bencheikh, M. Lahmi, B. Lazar, J. Lévigne
), Paris, PUF (Publications de lInstitut des Hautes Etudes de Tunis, Mémoires du Centre des Sciences Humaines, Vol. III, fasc. 3), 1956.
– Le gourbiville de Saïda Manoubia. Etude préliminaire, Tunis, Centre dEtudes Economiques, 1958.
– Lévolution dun ghetto nord-africain. La Hara de Tunis (en collaboration avec R. Attal), Paris, PUF (Publications de lInstitut des Hautes Etudes de Tunis, Mémoires du Centre dEtudes des Sciences Humaines, Vol. V), 1959.
– Un faubourg de Tunis : Saïda Manoubia. Enquête sociale par P. Sebag. Enquête nutritionnelle et médicale par Dr M. Ben Salem, Dr J. Claudin et Mme H. Taïeb, Paris, PUF (Publications de lUniversité de Tunis, Mémoires du Centre des Sciences Humaines, Vol. VI), 1960.
– Tunisie. De Carthage à demain (en collaboration avec Cl. Roy). Photographies dI. Morath, A. Martin ; M. Riboud, Paris, Delpire, 1961.
– La Grande mosquée de Kairouan. Texte de P. Sebag. Photographies dA. Martin, Paris, Delpire, 1963.
– (Textes recueillis et collationnés par P. Sebag ; A. Martel) Pierre Grandchamp, Etudes dhistoire tunisienne XVIIe-XXe siècle, Paris, PUF (Publications de lUniversité de Tunis, Faculté des Lettres et des Sciences Humaines), 1966.
– Préface à Zoubeir Turki, Tunis naguère et aujourdhui. Adaptation française de Cl. Roy, Tunis, Publications du secrétariat dEtat à linformation et au tourisme, 1967.
– Les préconditions sociales de lindustrialisation dans la région de Tunis (en collaboration avec A. Bouhdiba ; C. Camilleri), Tunis, Cahiers du CERES, Série Sociologique n°1, 1968.
– Toute la Tunisie. Photographies dA. Martin, Tunis, Cérès Productions, 1968 (Tr. anglaise par R. Maguire : Tunisia. Time past ans Time present, Tunis, Cérès Productions, 1968).
– Une relation inédite sur la prise de Tunis par les Turcs en 1574. Sopra la desolatione della Goletta e forte di Tunisie di Bartholomeo Ruffino. Introduction, texte et traduction annotée de P. Sebag, Tunis, Publications de lUniversité de Tunis, Faculté des Lettres et des Sciences Humaines, 1971.
– Pétis de la Croix : Les Mille et Un jours. Contes persans, Paris, Christian Bourgois, 1980.
– Tunis au XVIIe siècle. Une cité barbaresque au temps de la course, Paris, LHarmattan, 1989.
– Histoire des Juifs de Tunisie. Des origines à nos jours, Paris, LHarmattan, 1991.
– (Ed) Nicolas Béranger, La Régence de Tunis à la fin du XVIIe siècle. Mémoire pour servir à lhistoire de Tunis depuis 1684. Introduction et notes de P. Sebag, Paris, LHarmattan, 1993.
– Les Juifs de Tunisie. Images et textes (sous la coordination de J-P. Allali, A. Goldmann, P. Sebag). Préface dA. Memmi, Paris, Biblieurope, 1997.
– Tunis : Histoire dune ville, Paris, LHarmattan, 1998.
– François Pétis de la Croix. Histoire du prince Calaf et de la princesse de la Chine, Paris, LHarmattan, 2000.
– La course tunisienne au XVIIIe siècle, Tunis, Publications de lIbla, 2001.
– Communistes de Tunisie 1939-1943. Souvenirs et documents, Paris, LHarmattan, 2001.
– Les noms des Juifs de Tunisie. Origines et significations, Paris, LHarmattan, 2002.
– Une histoire des révolutions du Royaume de Tunis au XVIIe siècle. Une uvre de Guilleragues ? Paris, LHarmattan, 2004.
Articles
– « Les niveaux de vie et la consommation dans la délégation de la Marsa », Bulletin de Statistique et dEtudes Economiques, n° 2, nouvelle série, avril-juin 1958, pp. 65-76.
– « Une description de Tunis au XIXe siècle [Nathan Davis] », Cahiers de Tunisie, n° 21-22, 1è et 2è trim. 1958, pp.161-181.
– « Le bidonville de Borgel », Cahiers de Tunisie, n° 23-24, 3è et 4è trim. 1958, pp. 267-309.
– « Lindustrialisation de la Tunisie: une expérience pilote dans lindustrie de la chaussure », Cahiers de Tunisie, n° 25, 1è trim. 1959, pp. 147-173.
– « Les Juifs de Tunisie au XIXe siècle daprès J-J. Benjamin II », Cahiers de Tunisie, n° 28, 4è trim. 1959, pp. 489-510.
– « Le faubourg de Sidi Fathallah », Cahiers de Tunisie, n° 29-30, 1er et 2è trim.1960, pp. 75-136.
– « Les expéditions maritimes arabes du VIIIe siècle », Cahiers de Tunisie, n° 31, 3è trim. 1960, pp. 73-82.
– « Une ville européenne à Tunis au XVIe siècle », Cahiers de Tunisie, n° 33-34-35, 1è et 3è trim. 1961, pp. 97-107.
– « Milieux sociaux et attitudes à légard de la vie », Tunisie Médicale, n° 2, 1961, pp. 1-8.
– « Remarques sur lhistoire de la Grande mosquée de Kairouan » (en collaboration avec A. Lézine), Ibla, n° 99, 1962/3, pp. 244-256.
– « Cartes, plans et vues de Tunis et de la Goulette au XVIIe et au XVIIIe siècle » in Etudes Maghrébines. Mélanges Ch-A. Julien, Paris, PUF, 1964, pp. 89-101.
– « La peste dans la Régence de Tunis au XVIIe et XVIIIe siècle », Ibla, n° 109, 1965/1, pp. 35-48.
– « La famille israélite en Tunisie au XXe siècle », Revue Tunisienne des Sciences Sociales, n° 11, octobre 1967, pp. 109-122.
– « La Goulette et sa forteresse de la fin du XVIe siècle à nos jours », Ibla, n° 117, 1967/1, pp. 13-34.
– « Les travaux maritimes de Hassan b. Numân », Ibla, n° 125, 1970/1, pp. 41-56.
– « Une nouvelle de Bandello (XVIe siècle) : Moulay Hassan et Moulay Hamida », Ibla, n° 127, 1971/1, pp. 35-62.
– « Une lecture dOthello. Le More de Venise et « la haine pour rien » », Ibla, n° 129, 1972/1, pp. 33-58.
– « Sur une chronique des beys mouradites. Une uvre posthume de Guilleragues? », Ibla, n° 131, 1973/1, pp. 53-78.
– « Grands travaux à Tunis à la fin du XVIIIe siècle », Revue de lOccident Musulman et de la Méditerranée, n° 15-16, 1973, pp. 313-321.
– « Sur une chronique des beys mouradites. II : Guilleragues et De la Croix », Ibla, n° 139, 1977/1, pp. 3-51.
– « Voyages en Tunisie au XVIIe siècle. Lescale de Jean Thévenot (9-30 mars 1659) », Ibla, n° 145, 1980/1, pp. 47-78.
– « Sur deux orientalistes français du XVIIe siècle. F. Pétis de la Croix et le Sieur de la Croix », Revue de lOccident Musulman et de la Méditerranée, n° 25, 1978, pp. 89-118.
– « La négociation de Laurent dArvieux (12 juin 1666 15 août 1666). Voyages en Tunisie au XVIIè siècle », Ibla, n° 147, 1981/1, pp. 71-94 et n° 148, 1981/2, pp. 253-286.
– « Voyage en Tunisie au XVIIe siècle. La mission du Père de la Motte (2 juin-26 juin 1700) », Ibla, n°165, 1990/1, pp. 3-37 et n° 166, 1990/2, pp. 219-236.
– « Les monnaies tunisiennes au XVIIe siècle », Revue du Monde Musulman et de la Méditerranée, n°55-56, 1990, pp. 203-218.
– « Lhôpital des Trinitaires espagnols à Tunis (1720-1818) », Ibla, n° 174, 1994/2, pp. 203-218.
– « La Régence de Tunis et la France au XVIIe siècle » in Itinéraires de France en Tunisie du XVIe au XIXe siècle, Marseille, Bibliothèque Municipale, 1995, pp. 23-29.
– « Tunis », Encyclopédie de lIslam, Nouvelle Edition, 2002, pp. 676-688 (Edition anglaise, pp. 629-639).
– « Aux origines de lOrient romanesque. Quel est lauteur des Mille et Un jours? », Ibla, n° 193, 2004/1, pp. 31-60. Voici, en hommage à Paul Sebag – professeur de français au lycée Carnot – un article publié, à Tunis, dans le dernier numéro de la revue Ibla (Institut des Belles Lettres Arabes) par Mohamed Kerrou, Maître de conférences à l’Université de Tunis.
1962-1963, classe de 9ème3

Quelques noms de cette classe: Halfon, Gozlan, Bismuth, Cohen, Katzanbis, Tartamella, Samama, Bessis, …Photo de Jean Graffeo