1979.1980, classe de 5e4


Hakim Mechati, Abdelkarim Chaouch, Deslandes Bertrand, Moise Safta, Frederic Girves, Novara Constentino.

Hilem Andhaoui, Nadia Djemali, Muriel Zagdoum, Asma Cherif, Semira Grissa, Myriam Turki, Henda Ben Mlouka, Alessia Gori, Anne Deslandes.

Prof d’Histoire Geo Madame Gravier

Nous avions aussi: Madame Coll en Sciences, Mr Legouix en Francais, Madame Merlo en Sport, Madame Bouckari en Anglais, Madame Ettore en Musique, Mr Ducki en Dessin et Mr Schall en Math.

Mille excuses si j’ai malencontreusement écorché, oublié des Noms ou des Prénoms.Merci de me le signaler pour que je puisse corriger au plus vite.
Amitiés,
Bertrand

Photo et liste envoyées par Bertrand Deslandes.
De gauche à droit et de haut en bas:
Taoufik Gatoufi, Eric Lafrogne, Naoufel Lacheb, Jean Paul Garcia, Ali Azouz, Chieb Larguech, Sofia Tabbane, Slim Annabi.

DE MADHIA EN PASSANT PAR ELDJEM ET KERKENNAH A HAMMAMET

Programme indicatif

J. 1 mercredi 28/07/2010 Rendez-vous à l’aéroport. Vol régulier Air France. Arrivée dans l’après-midi à Madhia en bus climatisé. Dîner et nuit au Madhia Palace

J. 2 jeudi plage/mer ou sport ou farniente jusqu’à 17 h, heure à laquelle nous prendrons le bus pour la Médina de Madhia, riche de ses nombreux bijoutiers et de ses belles demeures, en particulier celles de la rue des Hamza.
De la «Skifa Kahla» à la Grande Mosquée, en passant par la rue des tisserands de soie, et guidé par un responsable de l’Association de sauvegarde de la Médina, nous découvrirons une médina unique, récemment réhabilitée, et entièrement perchée sur la mer. En effet la Méditerranée vous regarde à chaque coin de ruelle !
Le paysage le plus extraordinaire est un immense cimetière marin aux tombes désordonnées qui s’étend sur de vastes étendues, en pente douce, jusqu’au rivage. D’une médina cosmopolite il y a encore quelques quarante ans, il reste une cathédrale désaffectée mais admirablement rénovée et les ruines d’une synagogue.
19H Retour à l’Hôtel
21H Dîner dans un des meilleurs restaurants de poissons de Madhia au son d’un luth.

J. 3 vendredi, après le petit déjeuner, retour à la médina car c’est jour de marché, et le marché du vendredi est incontournable ! Toute la ville se transforme en vaste souk, mais l’élément le plus important est le marché de la soie, véritable caverne d’Ali Baba car de vieilles brodeuses et couturières y exposent des costumes traditionnels de mariage en soieries et dorures. Après cette belle balade, on ira faire une pause au Café Gamra où les habitués se retrouvent à l’ombre des arbres entrelacés.
Retour au Madhia Palace
Après midi à la plage (ou ailleurs) :Il se dit que les plages de Madhia sont les plus belles de Tunisie : sable couleur farine, mer turquoise ; sans algues indésirables et avec une brise qui, en été, rafraîchit agréablement.
20H30 Dîner dans un des meilleurs restaurants de poissons de Mahdia, nuit au Madhia Palace.

J.4 samedi après le petit déjeuner, départ pour El Djem à moins d’une heure de Madhia pour une visite guidée d’un lieu mythologique : sur la route du Sahel, à travers les oliveraies, apparaît soudain la façade du colisée romain d’ El Djem. Cet amphithéâtre, de 35000 places, est le troisième en taille après ceux de Rome et de Capoue. Il était un lieu de rassemblement et de spectacles très populaires [combats de gladiateurs et autres grandes messes]. La façade extérieure, très bien conservée sur la face sud, est formée d’une superposition de trois niveaux d’arcades. A l’intérieur, on peut se perdre dans les galeries circulaires voûtées aux perspectives vertigineuses. Après-midi libre.
Dans la soirée retour au colisée d’El Djem pour assister à une représentation de l’orchestre de l’Opéra de Toulon (Festival International de Musique Symphonique d’El Jem), sous réserve de programmation définitive
Diner et nuit au Madhia Palace.

J. 5 dimanche matinée libre. Vers 14h départ pour les Iles de Kerkennah.
Avant de prendre le ferry sur le port de Sfax, tour de ville – en bus – de la ville moderne avec ses immeubles années 1930 de style art-déco et néo-mauresque, ses grands bâtiments officiels (dont certains en forme de mosquée, avec coupoles et tours évoquent des minarets), sa synagogue, ses églises grecques et catholiques. Puis à pied par Bab Diwan, promenade dans la médina de Sfax, cernée de remparts dont certains vieux de douze siècles. C’est une des plus belles kasbahs de Tunisie, elle a même été choisie comme un des lieux de tournage du film « Le patient anglais ». Il est à remarquer que très peu de touristes s’arrêtent à Sfax qui est une cité économique et industrielle, la deuxième du pays.
En fin d’après-midi, traversée en ferry pour atteindre Kerkennah en 1H3Omm.
Dîner et nuit au Grand Hôtel.
J. 6 lundi : Pour décrire les Iles de Kerkennah, quoi de mieux qu’un extrait d’un article de Guy Deleuze : Honolulu, les Marquises ? Qui d’entre nous n’en a jamais rêvé ? Pourtant à 21 kms au large de Sfax somnole un merveilleux archipel oublié. Des îles abordables. 35 km sur 7 de sables d’or que foulent avec tendresse 900.000 palmiers ondulant sous la caresse d’un vent tiède venu du désert. Point d’usine ni de foule, ni de grand-route ni d’aéroport. Une mer translucide, peu profonde et donc chaude, d’oblongues plages, des éponges et des coquillages. Deux hôtels. Et vous !
Plage, mer et farniente jusqu’à 17H puis tour des Kerkennah guidé par un enseignant passionné par ses îles. Dîner –spectacle, nuit au Grand Hôtel
J. 7 mardi : journée en mer à bord d’une felouque entre plongée dans les eaux chaudes, grillade de poissons fraîchement pêchés et musique. Tout simplement paradisiaque!
Peut-être le savez-vous, à Kerkennah les pêcheurs sont propriétaires de leur lopin de mer. Dîner, nuit au Grand Hôtel
J. 8 mercredi : retour à Sfax par le ferry puis direction Hammamet et l’Hasdrubal spa. Après-midi libre.
Dîner et nuit à l’Hasdrubal

J9 jeudi : journée libre et dîner libre, nuit à l’Hasdrubal.
Hammamet vous connaissez ? mais Hammamet Yasmine où se trouve l’Hasdrubal ? Pour résumé, cela ressemble à Porto Banus (Andalousie), sans ses boutiques de luxe et ses milliardaires mais avec sa marina, ses plages et promenades, ses restaurants, ses casinos…

J 1o vendredi : journée et dîner libre, nuit à l’Hasdrubal
J 11 samedi : dîner « spécial » , nuit à l’Hasdrubal
J 12 dimanche : dîner libre et nuit à l’Hasdrubal
J 13 lundi : journée libre et dîner et nuit à l’Hasdrubal
J14 mardi : journée libre et dîner et nuit à l’Hasdrubal

Durant notre semaine à Hammamet, nous programmerons une visite à Tunis et environs, plus d’information dans quelques semaines.

J15 mercredi : départ en début d’après-midi pour l’aéroport Tunis-Carthage
MERCI D ETRE SI NOMBREUX A PARTICIPER AU CIRCUIT TUNISIE. NOUS NE PRENONS PLUS D’INSCRIPTION. (le 1ER JUIL 2010)

Pour nous cet été c’est la Tunisie ! circuit la première semaine : Madhia,El Djem, les Iles Kerkennah et la seconde semaine farniente dans un palace à Hammamet.
du mercredi 28 juillet au 11 août

programme indicatif, toute info au 0620884052

« CARNOT AU COEUR » PAR SLAHEDINNE TLATI

« en 1949, photo des professeurs : M. Tlatli, 1ère rangée, 2ème à droite »
J’étais alors très loin de penser qu’il allait tenir une si grande place dans mon existence et que ces premiers pas scolaires allaient marquer le début d’une amitié de trente sept ans, comme élève d’abord, comme professeur ensuite. Et lorsque je parle d’amitié, c’est  » l’histoire de famille » qu’il faudrait dire, puisque mon père, lui-même, m’avait précédé en ces lieux, avant la première guerre mondiale, comme professeur d’arabe, que j’y ai rencontré mon épouse parmi mes collègues, et que tous mes enfants devaient y faire leur scolarité, plus tard.

En 1924, lorsque j’entrais en 9ème chez M. Fiesqui, dont la barbe grisonnante, taillée en bouc, nous en imposait, le lycée Carnot était dirigé par un personnage quasi mystique, archaïque et flottant dans sa longue redingote, noire, qui n’apparaissait que lors de distributions des prix : C’est M. Duval qui, en tant que proviseur, de 1898 à 1926 fut le véritable fondateur et organisateur du lycée Carnot.

Notre établissement ne compte à cette époque, qu’un millier d’élèves, alors que ce chiffre devait atteindre 2690, en 1939, et dépasser les 3.000 après 1950.C’est que le collège Saint Charles, fondé par le Cardinal Lavigerie, en 1882, au lendemain du protectorat, devenu le lycée Sadiki le 2 novembre 1889 et cédé à cette date à l’Etat tunisien, puis baptisé le 27 septembre 1893, lycée Carnot, pour ne pas être confondu avec le collègue Sadiki, déjà existant, n’avait cessé, depuis lors de s’agrandir et de pousser ses prolongements et ses constructions entre l’avenue de Paris, la rue Guynemer (actuellement rue saif ed-Dawala), la rue de la Loire et enfin vers l’avenue Roustan (actuellement avenue Habib Thameur) où se situe l’aile la plus récente, inaugurée en 1943, prés de laquelle se trouvait à la fin du XlXé siècle la première gare de T.G.M.

Je poursuivais, donc mes études au petit lycée, puis au grand lycée, dans cette ruche laborieuse, où les tunisiens étaient fort peu nombreux, où une discipline très stricte était assurée par un surveillant général, véritable cerbère, terrible et placide, M. Figre, dont le nom seul glaçait les élèves, mais où surtout nous avions la chance d’avoir un corps enseignant de très haut niveau. Ceux qui ont connu cet âge d’or du lycée Carnot ont gardé le souvenir de cette admirable pléiade de grands maîtres dévoués et brillants qui les ont enrichis de leur savoir et de leur méthodologie.

Ainsi par exemple, en philo, l’enseignement – qui était plutôt un dialogue sur le mode socratique – de notre professeur Lubac, m’a profondément marqué. Son physique de vieillard fragile, et son élocution désarticulée et traînante, le desservait grandement auprès de mes camarades. Mais lorsqu’on faisait l’effort de décrypter et de comprendre les propos de ce grand philosophe qui fut l’un des meilleurs disciples de Bergson, on demeurait fasciné par la clarté, la facilité et la puissance de son raisonnement, véhiculé par la lumineuse fluidité de style bergsonien. Ayant obtenu le premier prix chez lui, il tenait à me voir poursuivre études supérieures de philo. Mais mon choix était déjà fait pour l’histoire et la géographie. Un jeune agrégé de terminale, Marcel Calvet, m’avait donné la passion et presque le virus de connaître le vaste monde dans ses profondeurs passés et présentes et je voulus donc, après mon bac, obtenu en 1935, poursuivre l’étude de ces deux matières en France. Mais j’étais le premier Tunisien de mon espèce.

Peyrouton, notre cyclonique résident général, lorsqu’il eut vent de la chose, déclara textuellement : « je ne permettrai jamais à un Tunisien d’enseigner leur histoire à de petits français ». Cela ne changera rien à mon programme, et en octobre 1939, j’étais de retour de France, après des études poursuivies à Montpellier, puis à Paris jusqu’à l’agrégation au collège Sadiki. L’année suivante, je regagnais mes pénates au lycée Carnot pour assurer les mêmes pénates et ce, durant prés de vingt-sept ans.

En consultant le petit opuscule rédigé par mon collègue Marcel Gandolphe en octobre 1943, à l’occasion du cinquantenaire du lycée Carnot, on peut trouver la liste des professeurs. Sur 67 exerçant cette année- là, il n’y avait que cinq Tunisiens : Derouiche et Abed Mzali, pour l’arabe Khmais Hajri, pour l’anglais, Ahmed El Fani, pour la Physique et Tlatli pour l’histoire et géographie. « Photo envoyée par André Navikoff: en classe de 4èmeD avec notre professeur d’histoire et géo M. Slaheddine Tlatli ». La Tunisie sortait alors de six mois de guerre sur son propre sol qui furent particulièrement éprouvants, et le lycée Carnot, au milieu d’une ville en plein désarroi, avait connu les heures difficiles. Plus d’une fois les alertes nous obligeaient à quitter précipitamment la classe pour nous réfugier dans les tranchées. En mars, notre établissement reçut même, de nuit, trois bombes non explosées, dont on ne retrouvera que deux.

Avec mes nombreux collègues, nous avions l’occasion de nous rencontrer, et parfois de nouer des relations amicales, en particulier lors de la réception fort peu protocolaire et même bon enfant qui se tenait au début de chaque année scolaire pour accueillir nos nouveaux compagnons. Mais nous nous retrouvions aussi quotidiennement dans la salle des professeurs, ainsi que dans les conseils de classe au lorsque nous faisons passer les épreuves du bac. On pouvait distinguer parmi eux d’éminentes figures, comme celles de ce fin lettré qu’était Georges Démoulin, de ce grand physicien, notre ami Jean Debisse, qui devait prendre par la suite, la direction de Saclay, de ce fameux et filiforme mathématicien qu’était Henri Chalet, de cet historien bien connu, Jean Caniage, dont la thèse sur « les origines du Protectorat;#1524; devait le conduire bientôt en Sorbonne, de ce géographe koch, dont la thèse sur ;#1524; l’extrême Sud Tunisien;#1524; devait faire autorité, et de bien d’autres encore.

Par la suite, parmi les nouveaux collègues. Je fus heureux de retrouver deux de mes anciens élèves de Sadiki, Chedli Klibi et Mustapha Fiali, qui devaient faire une brillante carrière politique.

Il faudrait tout un livre pour évoquer toutes ces belles années de Carnot, passées dans une ambiance de labeur enthousiaste et d’émulation tonifiante. Car nous avions tous à cœur de pousser nos meilleurs poulains qui, par leurs succès au concours général et aux concours d’entrée aux grandes écoles de France faisant honneur à notre établissement et lui permettaient de se placer parmi les meilleurs lycées de France.

Mais on ne saurait terminer ces quelques lignes sans rappeler ce qui faisait le plus honneur à Carnot, cet esprit que nous tenions d’inculquer à nos élèves, en filigrane à travers notre enseignement et notre comportement et qui pouvait s’exprimer par un attachement tenace à certaines valeurs humanistes essentielles, comme celles de libertés fondamentales, du respect de la personne humaine et de sa dignité, et surtout de la tolérance, comme le rappelait Edgar Pisani et comme le déclarait, si parfaitement Philippe Séguin, lorsqu’il disait : « c’est au lycée Carnot en Tunisie, que j’ai appris la tolérance ». Car dans ce creuset tunisois où se sont toujours mêlées les races et les religions, «l’esprit Carnot » apparaissait comme l’antidote aux poisons de la haine et du racisme.

Et c’est pourquoi, aujourd’hui, où tant de valeurs sacrées sont foulées aux pieds sous nos yeux, où un peu partout on oublie le mot de Rabelais : «science sans conscience n’est que ruine de l’âme », la célébration de centenaire de notre lycée revêt tout son sens symbolique : celui d’une féconde et prestigieuse pépinière où des hommes de savoir et de bonne volonté ont consacré une partie de leur existence à semer le bon grain qui fait la grandeur de l’homme. Et ces semeurs ont la conscience tranquille de ne l’avoir pas fait en vain».

Slahedinne TLATIEn hommage à M. Slaheddine TLATI, ancien élève et professeur d’histoire et géo, disparu le 3 janvier 2009, nous publions le témoignage qu’il avait écrit à l’occasion du centenaire du Lycée Carnot (article paru dans «La presse » du 25/04/1993) :  » Lorsque j’ai connu le lycée Carnot de Tunis en 1924, il avait trente-et-un ans et j’en avais huit.

Cadeau de Claude RIZZO pour l’an nouveau : une histoire inspirée par celle de sa famille

La honte était parvenue à vaincre sa terreur de l’enfer. Dieu comprenait sans doute la détresse qui le poussait au parjure. L’un des souliers de sa dernière paire s’était ouvert comme une figue trop mûre. Sa chemise partait en lambeaux et ses pantalons ne semblaient pas en meilleur état.
— Tu lui diras la vérité, lui conseilla sa mère. Sur cette île, nous ne sommes pas les seuls à manquer de tout, même de nourriture.
Putain de misère ! L’Archipel maltais connaissait sa troisième année de sécheresse. La terre, brûlée par le soleil et le sirocco, s’ouvrait de crevasses larges comme le poing. Les denrées devenaient un luxe que seuls les Anglais pouvaient encore s’offrir. Une garnison de quinze mille hommes, les fonctionnaires et leur famille qu’il fallait nourrir : les Britishs raflaient le peu que l’île produisait encore, précipitant la population dans la famine.
Face à la calamité, certains Maltais osaient chuchoter, imaginant que l’on pourrait importer quelques sacs de blé français. Ces messieurs leur riaient au visage. L’Empire britannique s’en remettant à la France pour approvisionner ses colonies. Fallait-il être maltais pour imaginer une telle humiliation.
— Je crois bien que je vais y aller, annonça Paul Caruana sans bouger d’un pouce.
Il eut un regard par la fenêtre ouverte. Le troupeau s’était rassemblé au bout du champ. Plus rien à brouter, deux chèvres étaient mortes en quelques semaines et les survivantes ne donnaient plus de lait.
Paul passait désormais ses journées dans la crique voisine. La vingtaine de minuscules poissons de roche, une paire de mulets, une dorade les jours de chance, représentaient bien souvent leur seul repas.
Caruana finit par se lever et sortit.

— La lettre vient de ton frère, annonça le capelan après avoir ouvert l’enveloppe.
— De Gaëtano, vous en êtes sûr ?
Paul n’en revenait pas. Il vivait dans la certitude qu’il n’entendrait plus parler de son aîné. Celui-ci avait passé des semaines sur le port de La Valette, dormant sur les quais dans l’espoir d’être embauché sur l’un des navires faisant escale sur l’île. Il avait de toute évidence réussi son coup malgré la concurrence. Ils étaient des milliers à rêver de départ vers des terres hospitalières où les enfants n’auraient plus jamais faim. Un sixième de la population se préparait en effet à quitter le pays de ses ancêtres. Ces hommes, ces femmes, allaient ainsi engendrer la plus importante émigration en pourcentage que le monde n’ait jamais connue.
— Où est-il en ce moment ? demanda Paul.
Le curé se signa avant de répondre :
— À Tunis, chez les Barbaresques.
Un nom rappelant à lui seul la terreur aux couleurs de l’enfer qui fut imposée aux habitants de l’archipel durant des siècles. La guerre de course connaissait alors de beaux jours. Corsaires de Tunis et d’Alger, Chevaliers de Malte, se rendaient la politesse dans des razzias où les populations capturées finissaient sous le joug de l’esclavage. Ces visites croisées appartenaient désormais au passé. La France avait occupé l’Algérie. La Royal Navy veillait sur le sommeil des ayants droit de son Empire. Et il est prouvé que l’on dort bien mieux le ventre vide.
— D’après ce qu’il raconte, ajouta le capelan, la vie est plus facile chez les païens pour les hommes qui n’ont pas peur du travail. Il vous propose, à ta mère et à toi, d’aller le retrouver. Il te demande aussi d’amener tes chèvres. Il paraît que les gens de là-bas apprécient le lait des chèvres maltaises.
Le curé hocha la tête.
— Je serais bien étonné qu’un mahométan puisse faire la différence entre le lait de chèvre et celui de brebis. Bon, je continue. Il attend ta réponse. Si vous donnez votre accord, il enverra quelqu’un vous chercher d’ici quelques semaines. Il faudra vous tenir prêts à tout moment. Le bateau ne pourra pas vous attendre. Il finit en disant qu’il fera son affaire du coût de la traversée et qu’il vous embrasse.
Le prêtre remit la page de papier quadrillé dans l’enveloppe.
— Si tu veux, je t’écrirai la réponse.
— Merci mon père ! Je réfléchis avec ma mère et je vous dirai, répondit Paul en se levant.
— Et n’ai pas honte de venir à la messe le dimanche, lui dit encore le prêtre en le raccompagnant. Je te rassure. La moitié des paroissiens qui assistent aux offices n’ont plus de chaussures.

Le sujet occupa désormais la plupart de leurs échanges. Mme veuve Caruana percevait dans cette opportunité une chance à ne pas laisser passer. Jamais elle n’envisagea toutefois de faire partie du voyage. Le bout de son chemin se trouvait ici, près de son époux, dans le petit cimetière bordant l’église paroissiale.
Paul décida alors de classer le projet dans le tiroir des affaires sans suite. Il se préparait à rendre une nouvelle visite au capelan quand sa mère revint à la charge.
— Tout est arrangé, lui dit-elle. Tu n’as plus à te soucier de moi. J’irai vivre chez ta sœur Fiona. Son mari est d’accord pour m’héberger. Il te demande seulement de lui donner quatre chèvres avant de partir.

Paul s’éveilla en sursaut. On frappait à la porte sans ménagement.
— Tu as une demi-heure pour te préparer et réunir tes bêtes, annonça l’un des deux visiteurs dans un maltais chancelant. Le bateau est ancré dans Saint George’s Bay. Départ dans deux heures.
— Comme ça, en pleine nuit ?
L’autre eut un sourire.
— Hé oui, c’est ainsi, notre métier se pratique plutôt de nuit.
— Et quel est votre métier ?
— Le même que celui de ton frère Gaëtano et de bien des Maltais de Tunisie. C’est une sorte d’import-export où les échanges se font bien plus dans les criques isolées que dans les grands ports. Tu vois ce que je veux dire ?
Non, Caruana ne voyait pas. Mais l’instant se prêtait peu aux éclaircissements. Le temps de serrer sa mère contre lui, de sortir les chèvres de la bergerie, Paul Caruana quittait Ghar Dalam, le village de ses ancêtres. Deux heures plus tard, son île disparaissait dans les brumes de la nuit. Il ne devait plus jamais y revenir.

Tunis 1846.

Camerla Caruana attela son bouc à la petite charrette imaginée et conçue par son époux. Elle installa Fifine au premier étage, l’impériale en quelque sorte, capitonnée d’un vieil édredon et garnie d’un parapluie à l’usage de toutes les saisons.
Le nourrisson ouvrit les yeux, sourit à sa mère et se rendormit. Camerla lui passa la main sur le visage dans une tendre caresse.
— C’est l’heure de ta promenade, lui dit-elle en chargeant un arrosoir et une éponge destinés à nettoyer le pis de ses bêtes.
Le troupeau se mit en marche. Le bouc, sérieux comme un officier de l’armée des Indes, gardait ses distances, avançant à deux pas derrière sa patronne sans jamais se laisser distraire par les trognons de légumes et les papiers gras parfumés par les restes de gâteux au miel.
— Aïa, aïa ! Mourou, mourou ! criait Camerla, prolongeant ses appels d’un sifflement inimitable, connu dans tout le quartier franc et dans les moindres ruelles de la Médina.
Les premiers clients sortaient sur le pas de la porte, provoquant un affrontement général. Les chèvres perdaient alors leur flegme, se distribuant maints coups de corne dans leur désir de se présenter en tête devant Camerla. Leurs mamelles traînaient au sol, battaient leurs pattes et les faisaient souffrir. Leur combat était celui de la liberté.

Paul Caruana quitta l’église Sainte Croix. Assis sur les marches, il enleva ses chaussures, noua les lacets et les posa ainsi sur son épaule. Un geste guidé par un souci d’économie qui ne le quittait pas malgré les trois pièces d’or que son travail et celui de son épouse leur avaient rapportées.
Le curé, un Italien du Nord, blond comme un ange du Paradis, sortit à son tour et vint s’asseoir à ses côtés.
— Paolo, lui dit-il, je voudrais te donner un conseil. Et je pense qu’il serait sage que tu le prennes au sérieux. Vois-tu, je crois qu’il est temps que ton fils Nazzareno fréquente l’école italienne.
Caruana hocha la tête. L’idée lui paraissait plus que saugrenue.
— À l’école, mais pour quoi faire, mon père ? demanda-t-il.
— Pour apprendre à lire et à écrire. Mais aussi pour parler un bon italien. Vous savez que vous, les Maltais de Tunisie, vous êtes destinés à devenir italiens un jour ou l’autre. Et je pense que c’est là le désir de la majorité d’entre vous.
Paul ne pouvait nier que le prêtre avait raison. Les quelques milliers de Maltais vivant à Tunis subissaient de plus en plus l’influence italienne, seule communauté européenne organisée, défendue par une ambassade puissante et active.
Malte, n’étant pas considérée comme une nation, ses habitants ne pouvaient prétendre à aucune citoyenneté. Une époque où la loi tunisienne imposait aux consulats européens de prendre en charge leurs ressortissants. Mais où caser ces Maltais devenus bien encombrants ? L’ambassade du Royaume-Uni, sur la demande présente du Bey, fut contrainte de reconnaître leur existence. Et les voici sujets de l’Empire britannique ou éléments anglo-maltais suivant l’humeur d’un secrétaire de service.
Une décision qui n’en fit pas des Anglais pour autant. Le seul chemin qui s’ouvrait devant eux les dirigeait vers la nationalité italienne. Toute l’organisation de la vie quotidienne les y invitait : la paroisse Sainte-Croix sur laquelle régnait un clergé italien, les journaux, les écoles, l’île de Malte qui se perdait dans les souvenirs, les mariages mixtes et la volonté légitime d’appartenir à une nation prête à les reconnaître comme citoyens à part entière.
— Je parle l’arabe, le maltais et l’italien, fit remarquer Caruana. Et pourtant, je ne suis jamais allé à l’école.
Le prêtre eut un sourire.
— Il est question de l’italien, du vrai, pas du charabia sicilien que j’entends ici tous les jours, et auquel j’ai dû m’adapter pour me faire comprendre.
Caruana promit de réfléchir. Dix minutes plus tard, se promenant dans la Médina, il avait oublié le prêtre et sa drôle d’idée.
Paul ne pouvait se lasser du spectacle que lui offraient les marchés de Tunis. Il devait bien admettre qu’Allah pouvait se montrer plus généreux que le Christ quelquefois. Des montagnes d’agrumes, un jardin potager béni des dieux, des pastèques qu’un seul homme ne pouvait porter, des dizaines de boucheries proposant des agneaux enlevés à leur mère et des moutons à la chair ferme et odorante suivant les goûts. Des marchés vivants, bruyants, animés par des orchestres de rues, des diseuses de bonne aventure et des charmeurs de serpents. Des marchés où l’odorat était assailli à chaque instant : coriandre, clou de girofle, tebelcarouia, camoun, se mélangeaient dans des bouquets qui n’appartenaient qu’à l’Orient.
Caruana constata à nouveau que la Tunisie l’avait capturé. Il aimait ce pays et tous les êtres qui le partageaient : Arabes, Juifs, Siciliens et Maltais. Il en était à présent certain. C’est sur cette terre qu’il voulait mourir.
Paul retrouva son fondouk du quartier franc, le seul où les chrétiens étaient en droit de résider.
Des pièces l’une dans l’autre ouvraient sur une cour aux allures d’arche de Noé. Les cochons, volailles et chèvres des locataires partageaient l’espace avec les ânes des Tunisiens en visite à la Médina et les chameaux de tribus nomades résidant en ville le temps de vendre les produits de leur artisanat.
Là, s’entassaient une trentaine de familles maltaises, parmi les immondices, dans le doux parfum du fumier et des ordures. Et quand le temps se mettait à l’orage, lorsque ces tornades propres à la Méditerranée arrosaient la ville, leur arrivait alors tout ce que l’eau charriait avec elle. Le quartier franc méritait bien son titre d’égout de Tunis.

Tunis 1862.

On enterrait ce jour-là Paul Caruana, emporté par l’épidémie de typhoïde qui avait eu comme effet d’élaguer le quartier franc et de libérer ainsi quelques places pour de nouveaux immigrants. Le flot des miséreux arrivant de Sicile et de Malte n’était pas près de se tarir. Sans cette loi beylicale absurde, les contraignant à s’entasser dans le cloaque de la ville, leur existence aurait eu un goût de miel. Ce pays ne comptait en effet que dix-sept habitants au kilomètre carré. L’archipel maltais en dénombrait plus de six cents.

Tunis 1881.

Nazzareno Caruana était arrivé deux bonnes heures avant le début du défilé. La foule des grands jours se pressait le long de la Promenade de la Mer. Les Tunisiens étaient venus en nombre, voulant sans doute célébrer l’arrivée d’une civilisation éclairée qui les sortirait enfin de leur Moyen-Âge. Les juifs paraissaient plus sceptiques. Ils jugeraient sur pièce, l’Histoire leur ayant enseigné que ses vicissitudes les désignaient bien souvent comme bouc émissaire.
Caruana, lui, était là pour jouir d’un spectacle gratuit. L’événement ne semblait pas de nature à changer le cours de son existence. La France, à cette époque, offrait aux Maltais une image trouble et mitigée. Ces derniers n’avaient pas oublié le passage de Bonaparte et de ses soudards sur leur île. Les soldats de la Révolution, portant dans leurs bagages l’utopie de la liberté, furent accueillis comme des libérateurs. Ils sonnaient le glas du règne des Chevaliers, maîtres de l’Archipel depuis 1530. Dix-huit mois plus tard, les habitants se révoltaient contre ces envahisseurs hautains et pillards de surcroît. Les Anglais les avaient aidés à renvoyer chez eux ces visiteurs encombrants. Ils devaient oublier de quitter l’île une fois leur généreuse mission accomplie. L’image de la France retrouvait quelques couleurs avec la prise d’Alger, ce nid de pirates coupable de bien des razzias durant des siècles. Une nouvelle rencontre entre Français et Maltais s’annonçait. Allait-elle déboucher sur le pire ou le meilleur ?
Les Italiens s’étaient enfermés chez eux. Cette journée représentait à leurs yeux une bien lourde défaite. La France venait en effet de leur chiper une place que l’Histoire semblait leur avoir réservée.
Nazzareno Caruana se moquait bien en cet instant de toutes ces tribulations politiques. Privé de citoyenneté, il n’était mû par aucun sentiment national. Il appartenait à la tribu des Maltais de Tunis : c’était bien là son seul drapeau. Même l’île de ses ancêtres se perdait dans les souvenirs. La dernière lettre remontait à dix ans. Elle lui annonçait la mort de sa grand-mère et ouvrait ainsi le livre de l’oubli.
L’on entendit enfin la musique. La grande et belle armée coloniale remontait le Boulevard de la Mer. Une heure de spectacle haut en couleurs durant laquelle la France montra ses muscles. La Tunisie n’avait pas choisi sa puissance protectrice par hasard. Et les insurgés du Centre et du Sud ne semblaient pas avoir compris que l’on venait de leur offrir mille ans de bonheur et de prospérité.
Caruana retrouva les trois pièces de son fondouk où s’entassait la marmaille. Pris par le quotidien, il oublia la France et son Protectorat. L’événement ne paraissait pas de nature à changer le cours de son destin.

Tunis 1920.

Lazare Caruana arrêta son araba face au 56 rue de la Verdure. Il quitta sa charrette, flatta la croupe de son anglo-arabe dans une caresse de père.
Le cheval venait d’entrer dans l’existence des Caruana du fondouk de la rue Sidi Kadous. Il écrivait ainsi la première page d’une épopée riche de plusieurs volumes.
Rachid Boussen l’attendait. Il servit le thé, puis ouvrit le propos par maints salamalecs comme il se doit avant de parler affaire.
— Pourquoi la majorité des Maltais choisissent-ils ce quartier pour s’y installer ? demanda-t-il ensuite.
— Parce qu’ils veulent rester ensemble, répondit Lazare sans hésiter. Et maintenant, ici, nous avons notre église et notre cimetière.
Avec l’arrivée de la France, Tunis sortait de ses murailles et connaissait une expansion sans précédent. La ville nouvelle avait choisi son camp. Elle devait faire de Tunis la cité la plus européenne d’Afrique du Nord.
Les Maltais, un suivant l’autre, s’étaient installés dans le quartier de Bab el-Khadra, donnant ainsi leur nom à quelques rues des environs : rue Malta Srira, rue des Maltais, rue de la Valette.
Chaque jour voyait s’ouvrir de nouveaux chantiers, au grand bénéfice de la communauté italienne. Cette dernière conservait pourtant toute son animosité à l’endroit de la France, rêvant d’un renversement de situation qui ferait de la Tunisie une colonie transalpine.
Lazare Caruana avait perçu qu’il pouvait tirer profit de cette manne inespérée. Il avait ainsi investi les quelques sous que lui avait laissés son père dans une charrette et un cheval solide et résistant. Transporteur de matériaux de construction, il travaillait douze heures par jour et six jours par semaine.
— Et ça te gène de vendre tes terrains aux Maltais ? demanda-t-il en retrouvant Rachid Boussen.
Le Tunisien eut un geste de la tête. Le sujet éveillait chez lui des sentiments contradictoires. Des champs où ne poussaient que des melons, devenus grâce à la France de véritables pépites d’or. Mais la France avait fait de lui un colonisé. Sans doute le colonisé le plus riche du quartier. À combien toutefois peut-on chiffrer l’estime de soi ?
— Tout compte fait, je préfère les vendre à des Maltais, qui parlent presque tous arabe, qui vivent comme nous et que nous considérons un peu comme nos cousins. Et en plus, ils appellent leur dieu chrétien Allah.
— Ce n’est pas un exploit pour nous de parler arabe. Nos langues se ressemblent et nous sommes presque voisins.
Lazare pratiquait aussi le sicilien commun aux quartiers populaires. Le français lui posait par contre bien plus de problèmes. Cette langue s’imposait pourtant un peu plus chaque jour. Et la parler comme il se doit vous distinguait son homme. Aussi, comme bien des membres de la communauté, Lazare avait décidé d’envoyer ses enfants à l’école des Français.
— Alors, à combien tu me le fais ce bout de terrain ? demanda-t-il.
Rachid Boussen annonça un prix.
— Al Madona ! s’écria Caruana en levant les bras au ciel. Encore heureux que tu me considères comme ton cousin, sinon, tu me prendrais même mon pantalon.
Le Tunisien eut un sourire. On disait des Maltais qu’ils avaient hérité du sens des affaires des Phéniciens, le premier envahisseur de l’île, et celui qui avait sans doute forgé la mentalité de ses habitants.
Deux heures de négociation à la mode orientale, sourire aux lèvres, sans jamais quitter sa bonne humeur. Retrouvant son araba, Lazare Caruana avait acquis quatre ares de terrain, situés sur la place de Bab el-Khadra, avec une vue imprenable sur le cimetière musulman. Il venait de pénétrer dans le monde très fermé des capitalistes. Ne lui restait plus qu’à devenir colonialiste.

Tunis 1921.

Le Français est un être casanier, attaché au clocher de son village. La France enregistre dès lors un échec dans sa volonté de peupler son empire à partir d’éléments venus de la métropole.
En Tunisie, le péril italien continue à inquiéter le Ministre résident. La France manque de citoyens à opposer au groupe italo-sicilien. Qu’à cela ne tienne, elle va en rechercher dans le stock que la colonisation a mis à sa disposition.
Lazare Caruana s’endormit au soir du 7 novembre 1921. Il portait en cet instant le titre peu glorieux d’élément anglo-maltais ; sous-produit de l’Empire britannique en d’autres mots. Drôle d’Anglais à vrai dire, bien incapable de dire bonjour et au revoir dans sa langue. Il s’éveilla au matin du 8 novembre. Le Bey venait de signer le décret qu’on lui présentait, attestant que tout Maltais né dans la Régence devenait français, avec, pour les jeunes, la possibilité de renoncer à cette disposition à leur majorité. Et le voici désormais citoyen de la grande puissance coloniale. Drôle de français en réalité, à peine capable de dire bonjour et au revoir dans sa langue.
Cinq mille six cents Maltais venaient ainsi de changer de nationalité sans que l’on eût l’idée de leur demander leur avis. C’était toutefois sans compter sur la réaction de l’Angleterre. Le consul de ce pays se découvrit une affection soudaine pour ces « sujets » dont on venait de le priver. Une tendresse où le sentiment anti-français joua sans doute un rôle essentiel. L’affaire fit grand bruit. Et la Cour de justice internationale eut à trancher le différend. La France fut ainsi condamnée à restituer ces naturalisés d’office à la Grande-Bretagne.
Caruana, après avoir goûté aux bienfaits du colonialisme, se retrouva à nouveau dans le camp des colonisés. L’Angleterre eut alors la bonne idée de faire sien sept mille Allemands du Sud-Ouest africain. À chacun ses naturalisés d’office. Britanniques et Français finirent par s’entendre sur ce point. Et Lazare, en balle de ping-pong, reprit sa place dans le camp tricolore.
Mais quel était donc l’état d’esprit de ces Français de la statistique ? Question posée à Caruana, voilà ce qu’il serait sorti de son propos. Des remarques en maltais comme il se doit. Ce dernier n’ayant pas reçu, avec sa carte d’identité toute neuve, le mode d’emploi complet de la langue de Molière.
Sans doute était-il fier d’appartenir à présent à la communauté dominante. Et les perspectives d’un avenir français lui paraissait une chance pour ses enfants. Il ne pouvait malgré tout se défendre contre un sentiment de frustration. On venait en effet de rompre les derniers liens qui le reliaient à l’île de ses ancêtres. D’autre part, il se méfiait un peu de ces Français, des hommes sans Dieu et des anticléricaux. « Attenter à la nationalité, c’est attenter au christianisme », avait dit son curé. Et Caruana pensait qu’il devait avoir raison. Même si, en temps qu’Italien, il reconnaissait que le prêtre ne portait la France dans son cœur.

M. Paul Cambon, Ministre résident, perçut le danger que représentait la propagande du clergé italien auprès de ses néo-naturalisés.
Le cardinal Lavigerie entra alors en fonction. Le Primat d’Afrique apparaissait comme un grand ami de Malte. Un titre que lui avait valu son intervention sur l’île au cours d’une épidémie de choléra.
Le nouveau clergé se considérait au service de la politique coloniale de sa patrie. Il était appelé à remplacer les prêtres italiens, invités à rentrer chez eux.
Et ce fut à des vicaires maltais, amis de la France, que l’on confia l’une des nouvelles paroisses, celle du Sacré Cœur, située au centre du quartier maltais de Bab el-Khadra. Une église qui deviendrait celle de la communauté. La plus matinale de Tunis. Elle proposerait en effet une messe à cinq heures du matin. « La messe des cochers. » Un office que Lazare Caruana ne devait jamais manquer avant de commencer sa journée de travail.

Tunis 1948.

Jean Caruana n’avait jamais eu besoin de réveil-matin pour se lever. À quatre heures, déjà dans son écurie, il étrillait et nourrissait son compagnon de travail avant de bichonner sa calèche. Puis, sans éveiller sa femme et ses gosses qui dormaient dans les trois pièces situées au-dessus de l’écurie, il déjeunait d’un bol de café noir, d’un oignon cru et de quelques sardines.
Le temps d’écouter la messe des cochers, Jean venait prendre place dans la file des karrozzins qui attendaient leurs premiers clients devant le café Borg.

Ce matin-là, Jean Caruana connaissait une anxiété peu courante chez les Maltais ; des êtres placides et un brin fatalistes.
Alfred Sammut, son ami de toujours, buvait un verre de café au lait quand il entra dans le bar.
— Il est reçu, lui annonça celui-ci dans un sourire en lui tendant la Dépêche Tunisienne. Regarde, c’est là !
Jean lisait le français en déchiffrant chaque syllabe. « Robert Caruana », ânonna-t-il. Pas de doute. Son aîné était admis en sixième au lycée Carnot.
— Celui-là, il ne fera pas le cocher. Je peux déjà le prédire, affirma-t-il ensuite du haut de son orgueil.
Le destin de son aîné le conduirait un jour à travailler dans un bureau ou dans une banque. Et si la chance voulait bien lui sourire, peut-être deviendrait-il fonctionnaire chez les Français, avec une villa à Mutuelleville et des costumes de mariage pour toute la semaine.

Tunis 1956.

La pièce est jouée. Le rideau tombe sur les cris de joie des vainqueurs et le désespoir des cocus de la farce. Les grands décident du destin des nations. Le petit peuple est invité à payer l’addition.
« Les colonialistes à la mer ! » hurlent Mohamed et Ali sous les fenêtres de leurs voisins : David, Salvatore et Carmelo. Robert Caruana voudrait leur répondre, leur rappeler qu’ils sont cousins, presque frères. Mais dans quelle langue le leur dire ? Oubliés l’arabe, l’italien, le maltais, il n’a plus que le français et des rudiments d’anglais pour s’exprimer. Alors il se tait. Qu’il le veuille ou non, il est français. Et d’ailleurs il le veut. Il le revendique même. Il est français de Tunisie, d’origine maltaise. Et croit pouvoir le rester, ne voulant rien rejeter de cette chakchouka d’influences qui compose son identité.
Robert Caruana bâtira sa vie ici, sous les lois tunisiennes. Les Maltais en ont vu d’autres tout au long de l’Histoire.

Tunis -Marseille 1961.

Jean Caruana a décidé de jeter l’éponge. Voilà des mois que ses journées de travail ne lui permettent plus de payer l’avoine de ses chevaux. Et la Mairie de Tunis vient de rejeter sa demande. Habib Bourguiba lui refuse de trahir le métier de son père en conduisant un taxi.
La misère, à nouveau, pousse les Caruana à l’exil. Jean rêve un instant de retrouver l’île de ses ancêtres. Robert, son aîné, ne partage pas cet avis. Seul un départ sur les terres de France leur offrira un avenir porteur de promesses. Un départ et une découverte à la fois. Pour les Caruana de cette branche, à l’image de bien des familles de ces néo-Français, la Mère Patrie reste un concept flou, peuplé de quelques images de cartes postales.
La Tunisie leur montre la sortie. Malte leur ferme ses ports. Ces enfants perdus, que l’Histoire a malmenés, n’ont plus de place sur une île surpeuplée.
Marseille leur ferait oublier Tunis tant elle ressemble à Tunis. Afin de les protéger de l’oubli, les mêmes cris les accueillent. Colonialistes là-bas, colonialistes ici ; le dépaysement n’est pas pour demain.
Drôles d’ « exploiteurs d’Arabes » en réalité. Les Caruana semblent experts dans l’art de camoufler le trésor que leur a valu la sueur des burnous. Un deux pièces sous les toits, suintant d’humidité, glacial les jours de mistral, four à pain aux premiers rayons de soleil. Jean, garçon d’écurie à l’hippodrome du Pont de Vivaux. La mère, employée par quelques familles de la rue Saint-Férreol, retrouvait ainsi, dans le rôle de fatma, toutes les humiliations infligées aux femmes de ménage qu’elle n’avait jamais pu se payer. Robert, de son côté, avait gagné ses galons de plongeur en eau de vaisselle. Certains restaurateurs d’Aix-en-Provence se souviennent encore de lui. Un banquet, un mariage, l’étudiant en lettres ne refusait jamais les quelques billets que rapportait une nuit d’assiettes sales et de fourneaux encrassés.

Aix-en-Provence 1962.

L’affaire algérienne secoue la France. Deux camps hostiles se font face, prêts à l’affrontement. M. Ménard, prof de lettres modernes à la fac d’Aix-en-Provence, figure parmi les héros de la cause des opprimés. Non pas que sa bravoure le conduise à sortir sa pétaudière dans l’intention de s’opposer à l’OAS les armes à la main. Son courage semble vouloir s’exprimer par ailleurs. C’est ainsi, dans un propos mal assorti, que Robert Caruana s’entend à nouveau traité de sale colonialiste.

40 ans plus tard.

Les décennies ont refermé les cicatrices, ouvrant ainsi la voie aux souvenirs heureux. Le filtre du temps a libéré l’Histoire de ses passions. La Tunisie porte désormais un regard ému sur ses communautés dont elle reconnaît l’amour sans calcul qu’elles lui ont porté. Malte retrouve ses fils éparpillés, auxquels elle offre à présent ses plus beaux sourires dans son désir de les voir accourir, les poches pleines de devises.
Et Robert Caruana a ainsi reconstitué son triptyque : Malte, la Tunisie, la France dans une même phrase et dans bien des livres. L’impérialiste déchu s’est en effet découvert une vocation dans le métier d’écrivain.
La page est tournée. Les exploiteurs de burnous sont passés de mode. La vindicte, inspirée par un racisme bien ordinaire, se porte dorénavant sur les porteurs de burnous, avant de choisir d’autres cibles.
Seul le souvenir de M. Ménard reste en lui comme une tache indélébile. Non pas que son insulte l’ait marqué plus qu’une autre. Son « sale colonialiste » tombait toutefois comme un cheveu sur la soupe.
« Hors sujet. Mal à propos, monsieur Ménard ! » Et cette atteinte à la langue française, Robert Caruana ne pourra jamais vous la pardonner.

Les autres romans de Claude RIZZO, disponibles en librairie :
Au temps du jasmin – Editions Michel Lafon.
Le Maltais de Bab el-Khadra – Editions Michel Lafon.
Je croyais que tout était fini – Editions Michel Lafon.
La secte – Edition Lucien Souny.
Le sentier des aubépines – Editions Lucien Souny.

Île de Malte 1843.
Paul Caruana regardait la lettre posée sur la table. Voilà plus d’une demi-heure qu’elle était devant lui sans qu’il se décidât à l’ouvrir.
— Tu vas l’admirer comme ça jusqu’à ce soir ? lui demanda sa mère.
— Qu’est-ce tu veux que je fasse ?
En plus de ne pas savoir lire, Paul n’avait jamais reçu de lettres jusqu’à ce jour.
— Va voir notre curé. Lui te la lira.
Caruana eut un geste de la tête. Comment oser rendre visite au prêtre alors qu’il ne mettait plus les pieds à l’église depuis des mois ?

EXPOSITION VAN DICK : POUR LA PREMIERE FOIS A PARIS


Le musée Jacquemart-André retrace les grandes étapes de la carrière d’Antoon Van Dyck à travers un genre où il excella : l’art du portrait. En rassemblant les toiles les plus marquantes des grands musées européens et américains, cette exposition met à l’honneur un peintre auquel les musées français n’ont jamais consacré d’exposition à caractère monographique.

Elève de Rubens et inspiré par l’école italienne, il met au point son propre style à mi-chemin entre l’héritage de son maître et le modèle du Titien. Brillant portraitiste de Cour, il peint les membres de la famille royale d’Angleterre et tout particulièrement le roi Charles Ier. Cette expressivité mélancolique et élégante séduit l’aristocratie anglaise et nous offre une superbe galerie des grandes figures de l’Europe de son temps et plus particulièrement de l’Angleterre des Stuart.Lundi 8 décembre à 17h30, visite guidée – par notre excellente conférencière – de l’expo VAN DICK au Musée JACQUEMART-ANDRE.
Inscription par mail ou par courrier : 13 € par personne pour la visite guidée.

1959.1960, classe de 1ère A’CM


1er rang assis: 1/Caravetta Fulvio, 2/Levy, 3/Vecchierini, 4/Cohen, M.Testud professeur de Français-Latin, 5/Stenberger, 6/Hayat, 7/Rojey, 8/Brami
2ème rang: 1/Chemla, 2/Monier*, 3/Samama, 4/Levy, 5/Samama Derrick, 6/Zeïtoun bob, 7/Cirica Robert, 8/Chemla, 9/Buisson
3ème rang: 1/Nataf Paul, 2/Zakine, 3/Slama, 4/Jahan, 5/Lescure Yves, 6/Mascari, 7/Taïeb, 8/Pondaven, 9/Borelli Jean-Claude

*Monier était le fils de M.Monier professeur d’anglais

photo et liste envoyées par Jean-Claude BORELLI

1962.1963, classe de 6ème au lycée de Mutuelleville


Avec l’aide de Vincente MARTOGLIO et de Joëlle PARIENTE, j’ai remis des noms sur les visages de cette photo de classe.
Aujourd’hui, nous aimerions retrouver l’ensemble de la classe, si vous reconnaissez une des filles ou si vous avez des infos, n’hésitez pas à me les communiquer. Merci.
Lina (alct@free.fr)

du haut à gauche :
– Ghislaine COHEN – Lina HAYOUN ou Lucienne HAGEGE, Raymonde HAGEGE, Solange HASSID, Vincente MARTOGLIO (habite ROME) – Gloria… – Amel … – Claudine ATTOUN (habite TEL.AVIV)
au milieu à partir de la gauche :
xx – Joëlle PARIENTE – xx – …CASSUTO ? – .. TOMASINI – Margaret JOURNO : quelle fut ma joie quand je suis tombée sur cette photo!!! J’ai la même à la maison mais la voir sur Internet ça c’est génial!!!pour compléter la photo moi je m’appelais Margaret JOURNO et je me souviens de Paule COHEN.J’aimerais bien avoir les coordonnée de Peggy NACCACHE. Oh les bons souvenirs avec M. DUPUY!!!!) – Peggy NACCACHE – xxx -xxx – Nicole DEBACHE –
en bas à partir de la gauche :
xx -xx – Kate … – Paule COHEN -xxx – Gladys GABISON (elle habitait face au lycée) – xxx -xxx et notre prof d’anglais, M. DUPUY (lui fut ancien élève de Carnot et proviseur au lycée à la fin des années 80).

J’ai eu le plaisir de retrouver M. DUPUY et son épouse Clotilde à une manifestation de Carnot plus de 30 ans après, preuve en est la photo que j’ai prise à ce moment là.

LinaA l’époque, c’était l’annexe du lycée Carnot, une classe de filles dans un lycée mixte. Notre professeur principal était M. Robert DUPUY, notre prof d’anglais.

1953.1954 – classe de seconde M 3


Voici la photo de la classe de 2e M3 avec M. Soyer prof d’anglais. 1953-54.
(cliquez sur imprimer pour l’agrandir)
De haut en bas et de gauche à droite:
1er rang: Roger MOATTY, ATTIAS, Emile COHEN, Roland SROUSSI, Henri SAMAMA, Marc DRAÏ, Jean-Louis AMIEL, Alexandre DALMAS, Sauveur MANZELLA, Joseph TRANCHIDA,, Christian GRENOUILLEAU.
2e rang: Max GOSLAN, BRAMI, Accursio La ROCCA, François TERRANOVA, Edmond UZZAN, Gilbert COHEN, André TOUBIANA, Jean-Paul TAILLEFER, SFEZ, Claude LEVY.
3e rang: MEIMOUN, Attillio DIELE, Guy SEBAG, Claude SITBON, Roland PARIS, Guy CASSAR, Henri BORG, Yves FRADET, Edmond PONS, SAADOUN, Georges TIMSIT.
4e rang: De TREBONS, J. Louis BAVREL, Mario CALVINO, Felix LUMBROSO, M. SOYER (professeur d’anglais), Armand MAAREK, André TEBEKA, Claude CHEMLA, Bernard SUIED.

Cordialement
Alexandre DALMAS

Photo et liste envoyées par Alexandre Dalmas

Cinquantenaire du lycée Pierre Mendès-France ex Mutu


Les élèves et les enseignants du lycée d’aujourd’hui, mais aussi une importante délégation d’anciens élèves, professeurs et proviseurs viennent spécialement de l’étranger pour ces retrouvailles.
Des personnalités Françaises et Tunisiennes et des représentants d’associations d’anciens élèves d’autres lycées français de Tunisie se joignent à eux à l’occasion du cinquantenaire.

PREPROGRAMME

Soirée-Gala samedi 27 mai 2006 à partir de 20 h00
Tunis : Hôtel Renaissance (Tunis)

– Accueil des délégations non résidentes :
(Au stade actuel il est prévu une délégation d’anciens de Mutu de 120 à 150 personnes venant de France et de l’Etranger)
– Hommage aux enseignants
– Hymne à Mutu : chansons et paroles
– Dîner sous forme de buffet garni
– Animations diverses (tombola- chorégraphie)
– Soirée dansante avec orchestre
Prix :
– 50 Dinars pour les résidents;
– 28 dinars étudiants et élèves,
– 15 dinars pour les personnes qui souhaitent ne participer qu’à la soirée : 23h00 . soirée dansante + 1 boisson

Contact Tunis
Lycée Pierre Mendès France : Angélique : 98 583 202

Par ailleurs, en marge du cinquantenaire et au programme :
– Jeudi 25 mai dîner -restaurant banlieue nord au pied de l’eau. 25 à 40 personnes. Prix étudié sera publié dans meilleurs délais.
– Vendredi 26 mai : 20 h une soirée Barbecue (grillades et accompagnements) en plein air au bord de la grande piscine avec danses, animations nautiques et orchestre au parc aquatique de Hammamet (acqua Parc Hammamet)
– Samedi 27 mai : au lycée Pierre Mendès France
En présence des enseignants, élèves, parents, associations et officiels
* 15 – 17 h Présentation des différentes réalisations culturelles et historiques du lycée
– Chorale
– Danse
– Théâtre
– Défilé représentants les différents pays des élèves scolarisés
* 17 – 18 h exposition photos anciennes et histoire du Lycée
* 18 h buffet léger boissons et pâtisseries
* 19 h départ pour la soirée de Gala

4 jours jeudi 25 soir au dimanche 28 mai (jeudi 25 mai à 21h45: Roissy CDG T3A Retour : Dimanche 28 mai à 18 h 30)
Hôtel 5 étoiles à Gammarth « El Mouradi » en double demi-pension 399 Euros + 69 Taxes et hausse de carburant Supplément de 75 euros en single demi-pension

6 jours mardi 23 soir au dimanche 28 mai (Aller : mardi 23 mai à 21h45: Roissy CDG T3A Retour : Dimanche 28 mai à 18 h 30) en double demi-pension 438 Euros + 69 Taxes et hausse de carburantSupplément de 59 euros en single demi-pension

Ce prix comprend : l’avion aller-retour + les transferts aéroport A/R + 3 ou 5 nuits en demi pension au Mouradi 5*Ce prix ne comprend pas : les boissons et les dépenses personnelles.

CONTACT : GUY VOYAGES : Spécialiste des voyages et séjours sur la Tunisie 42, rue Le Pelletier – 75009 PARIS Tel : 01.42.85.25.25Fax 01.42.85.25.23 guy.voyages@wanadoo.fr
Notre ami Raphaët Dali (lc 1968.1969/termC), président d’AGALM/PMF (Association Générale des Anciens du Lycée de Mutuelleville / Pierre Mendès France)nous fait part des festivités du cinquantenaire qui se déroule à Tunis du 25 au 28 mai 2006.
Photo de mutu en 1966, envoyée par Robert Dupuy, prof d’anglais dans ces années-là (Robert Dupuy a été élève et Censeur au lycée Carnot)

article dans La Presse http://www.lapresse.tn/index.php?opt=15;categ=3;news=27747

On prend le TGM ?


Appuyée sur sa canne, Meherzia, 78 ans, redresse le dos et lance un « Ah ! » nostalgique en se remémorant les temps où elle prenait ce même train avec sa famille ou ses amies. « On n’était jamais bousculé et on avait du respect pour les personnes âgées », se lamente-t-elle accrochée au bras de son petit-fils pour son ènième voyage à bord du TGM.
Un parasol sous le bras, l’autre enlaçant sa copine, Karim, 18 ans, s’impatiente au guichet à l’idée de commencer au plus vite une journée à la plage « il est toujours trop surchargé. Nous le prenons à défaut de faire comme les jeunes de la Jet Set qui vont à la plage en voiture », lance Karim, jouant des coudes dans la foule d’estivants : des familles entières avec couffins remplis de provisions, matériel de plage, jouets et enfants de tout âge. Mais ni lui, ni Narjess, 16 ans, ne savent que le train, qu’ils prennent pour une journée de plaisir loin de la chaleur de Tunis, est plus que centenaire.

Le premier train a été inauguré par son Altesse Mohamed Sadok Bey le 31 août 1872. La dynastie de l’époque affaiblie se payait ainsi « un caprice » sous la pression des puissances coloniales qui se disputaient la Tunisie quelques années avant l’instauration du Protectorat de la France (1881-1956). Français, Italiens,Anglais… étaient sur les rangs pour sa construction et ce sont les Anglais qui l’emportèrent.
C’est le TGM qui fut à l’origine de l’extension de Tunis vers le nord, créant ainsi ce qu’est devenue ensuite, en front de mer, la banlieue la plus prisée et la plus pittoresque.
Immortalisé par « Un été à la Goulette » du cinéaste Férid Boughdir, figurant dans tous les guides, le TGM – qui musarde sur près de vingt kms – apparaît comme une figure incontournable de la littérature judéo-francophone et les récits de voyages d’illustres écrivains de la fin du 19e et 20e siècle.

Du « train blanc » de l’époque, le service commercial de la société Métro Léger de Tunis, qui gère la ligne actuellement, ne conserve plus qu’un spécimen des voitures originales promis à un musée en gestation.
Auto oblige, le TGM a perdu un peu de ses clients (17 millions en 2003, 19,7 millions en 1998) mais son image reste liée à la recherche du plaisir, du rêve et du dépaysement.

On peut encore prendre le TGM en été pour aller à la plage, aux concerts nocturnes à l’amphithéâtre de Carthage, dîner à la Goulette, déguster une glace à La Marsa, fumer un narguilé sur les terrasses de cafés du pittoresque Sidi-Bou-said, offrant la vue la plus saisissante de la baie de Tunis.
Comme autrefois, quand les familles juives, italiennes ou musulmanes aisées fuyaient la canicule de la ville pour s’installer l’été à La Goulette…

En souvenir du charme d’antan, certains reviennent de loin pour le train de leur enfance ou de leurs parents : « Ils montent juste pour humer l’odeur ou simplement rêvasser devant les bateaux en rade du port de La Goulette », raconte Mondher, contrôleur du train.

Pour Imed, 34 ans, chef de service de la ligne, « le mythe du TGM n’existe plus que dans les livres. Avec l’urbanisation et la voiture, ceux qui le prennent sont démunis et n’ont aucune idée de son histoire centenaire ».
D’après Aâm El Mouldi (site tounes)
Entre Tunis, La Goulette et La Marsa, circule Le toujours fameux « TGM » (Tunis-Goulette-Marsa). Ce train permettant aux Tunisois de fuir la canicule, pour aller sur les plages de la banlieue nord, fut le premier moyen de transport collectif à voir le jour dans une cité africaine, il y a 133 ans.

1957.1958, classe de 3ème AB


de drote à Gauche :
JM Corre, , .. Brandenburg, Georges Sberro, J-François Guyot, Charles Aron (père prof d’anglais), Alain Monier (id.), Bernard Saal , Hubert Lehuchet, Jean Vecchierini
Georges Samama, Jean Slama, Michel Bonan, Claude Mascari, Jean Lescure, .. Joulain, Claude Taïeb, Hubert de Clermont, Yves Pondaven
J-Louis Orlando, Bernard Ghrorud, J-Marc Angellelli, J-Pierre Constantini, M. Rouffiange, Alexandre Roger, Alain Rousselet, Pierre Bismuth, Daniel Msika

Je remportais – cette année là – le prix des félicitations et le prix d’excellence.

Photo et liste de Jean-Michel Corre
Pour la classe de 3° AB de 1957-58: Prof principal, M. Rouffiange

1954.1955, classe de 6ème A1


En partant du haut, et de Gauche ç droite:
Hervé Joubert, André Manardo, Yves Gauvin, Bernard Saal, Joseph Scruoffeneger, « Jean-Michel Corre », J-Pierre Constantini, Daniel Msika, J-Louis Orlando.
André Kovalitchko (père réalisateur à Radio Tunis, Polonais rescapé des camps nazis), .. Nataf, J-Jacques Castellani, .. Février, .. Haddad, J-Pierre Favéla, J-Luc de la Morinière, Georges Sberro, Alain Monier (fils du prof d’anglais).
Chester (et oui!) Zarka, Jean Slama (attention, ce n’est pas le futur normalien), .. Sorba,.. Lami, Hajjaje, Claude Taïeb, Michel Bonan, Alain Robert, .. Raffali, Pierre-Paul Corsetti.
Pierre Bismuth, .. Haïk, .. Garcia, .. Bélichat, Yves Le Romancer, Guy Ritch, Jean Vecchierini, Alexandre Rodjétswensky (dit Roger), Jacques Simonpoli
Je terminai cette classe avec le prix du Tablau d’honneur et des Félicitations, que je partageai avec mon camarade et toujours ami Jean Vecchierini !! Pourtant la concurrence était rude, le paquet des premiers à l’examen national d’entrée en 6° se retrouvait dans cette classe!

Photo et liste de Jean-Michel Corre
Pour la 6° A1 de 1954-55, le Prof principal était M. Beuchet